« … nous sommes aujourd’hui au cœur de la troisième vague… avec la popularisation d’un nouveau modèle de communauté intentionnelle : le cohabitat. » — Gabrielle Anctil, Loger à la même adresse, 2023
Quand j’ai lu cet essai en 2023, j’étais intéressé par cette idée de troisième vague de popularité du vivre-ensemble portée par le cohabitat.
Mais en même temps, j’étais un peu perplexe. Ce n’est pas avec un ou deux cohabitats établis au Québec qu’on a une vague.
Je ne pouvais pas vraiment dire qu’à cette époque, je voyais la vague.
Parce qu’elle n’était pas encore arrivée à nous…
Trois ans plus tard, c’est assez évident.
La vague du cohabitat arrive 🌊
Les cohabitats au Québec
En ce moment, il existe trois cohabitats établis au Québec :
🏘️ Cohabitat Québec (2013)
🏘️ Cohabitat Neuville (2022)
🏘️ Cohabitat Terre de la Réunion (2025)
Cohabitat Québec est le premier habitat participatif du Québec. C’est son groupe fondateur qui a créé le mot « cohabitat » en guise de traduction du mot
« cohousing ».
Terre de la Réunion existe depuis 2015, mais s’identifiait plutôt comme un écovillage jusqu’à l’automne 2025. Je vais donc utiliser 2025 en tant qu’année d’établissement de ce cohabitat.

Ce chiffre (3 cohabitats établis) pourrait doubler, voire tripler au cours des prochaines années, alors qu’il y a au moins sept cohabitats en développement en ce moment même sur le territoire de la Belle Province :
🌱 Un Village à Lachine (Montréal)
🌱 Friche Solidaire (Lanaudière)
🌱 Village VITAL (Lanaudière)
🌱 Cohabitat Gaspé (Gaspésie)
🌱 Cohabitat Nidazo (Estrie, Frelighsburg)
🌱 Cohabitat Compton (Estrie, près de Sherbrooke)
🌱 Cohabitat Wakefield (Outaouais, près de Gatineau)
Le projet de Village Urbain, Un Village à Lachine, est littéralement en construction. Les fondations ont été coulées en avril 2026.
Les autres projets ont acquis un terrain et devraient se construire au cours des prochaines années… si tout va bien.

Certes, tous les projets de cohabitat en développement n’aboutissent pas. La création collective de ces lieux de vie innovants comporte de nombreux obstacles, qu’ils soient légaux, financiers ou humains.
Mais il y a aussi d’autres projets émergents, encore inconnus, qui se développeront au cours des prochaines années.
Le début d’un réseau
Le mouvement du cohabitat ne se développe pas uniquement par le nombre de projets, c’est aussi le lien entre ceux-ci.
Avril 2026, une délégation de quatres cohabitats du Québec part dans l’ouest canadiens pour y étudier les cohabitats dans la région de Vancouver.
C’est un moment marquant.
Non seulement les différents projets du Québec commencent à travailler ensemble, mais un lien sera créé avec le Canadian Couhousing Network (CCN).
Un lien qui n’existait pas avant.
C’est un peu absurde que Cohabitat Québec (42 logements), le plus grand habitat du genre au Canada, ne soit pas listé sur le site du CCN.
Peut-être que ce voyage va finir par créer ce lien ?
Un Village à Lachine (58 logements) deviendra la plus gros cohabitat du Canada après la fin de sa construction (prévue à l’automne 2026). Les deux plus gros cohabitats du Canada seront au Québec.
Est-ce que ce voyage marque le début du réseautage entre cohabitats dans notre province ?
Ça devient évident. Mais cela à commencé avant le voyage.
Toute découle directement de l’accompagnement de quatre projets de cohabitat (Gaspé, Nidazo, Friche Solidaire, Village VITAL) par Village Urbain.
« Depuis mai et ce, pendant un an, grâce au financement du Centre de transformation du logement communautaire (Le Centre / The Centre), l’équipe de Village Urbain accompagne 4 groupes de projets de cohabitat en milieu rural pour les outiller dans le développement de leur cohabitat : Cohabitat Nidazo Frelighsburg, Cohabitat Gaspé à Gaspé, Village Vital et Friche Solidaire dans Lanaudière. À travers l’organisation d’ateliers collectifs sur différentes thématiques et d’un suivi individualisé, les groupes bénéficieront d’une expertise précieuse pour mener à bien l’exercice complexe de réalisation d’un tel projet. »
— Village Urbain, publication sur Facebook, 4 juillet 2025
En passant, Village Urbain a synthétisé l’information de cet accompagnement en un cours qui est abordable (93$) pour tout le monde : Créer son cohabitat 101
Cet accompagnement n’était pas qu’un partage d’expertise. C’est aussi le début d’une collaboration plus grande entre les projets de cohabitat du Québec et du Canada.
Il y a une erre d’aller. Ça se voit.
En parallèle, ça fait plusieurs années que Cohabitat Québec rassemble des groupes pour leur formation « Démarrer un cohabitat ».
Vu la proximité entre Cohabitat Québec et Cohabitat Neuville, leurs habitants se connaissent plus. CQ achète son sirop d’érable qui est produit à CN.
Chaque mois quelques habitants des deux habitats participatifs prennent part au réseau d’entraide des écocommunautés établies (REÉÉ).
Un autre noyau de se mouvement se crée à cet endroit.
Ce n’est qu’une question de temps avant que Village Urbain et les quatre cohabitats en développement réseaute avec les autres cohabitats établis (si ce n’est pas déjà fait).
Magie, on a un mouvement.
La réalisation du premier cohabitat à Montreal
Combien de groupes de citoyens ont tenté de créer un cohabitat à Montréal sans réussir ?
Il y en a plus que 10, c’est certain. Même 20 ou 30, peut-être.
En 2015, nous avions reçu un stagiaire dans notre écovillage. Suite à son invitation, j’étais allé dormir chez lui à Montréal un soir. C’était, pour lui, un soir de rencontre avec un de ces groupes : Cohabitat Montréal.
On a pris le métro. On est arrivés directement dans des locaux vitrés pour la rencontre. Ma mémoire n’est pas très bonne.
Je me souviens de deux personnes en particulier, mais il devait y avoir 7 ou 8 personnes au total. Je me souviens qu’il s’était dit : « Québec l’a fait avant nous. »
Je me souviens d’agriculture horizontale… avec une image de vache (ça, c’est peut-être mon cerveau qui l’a imaginé).
C’était intéressant.
Ça n’a pas fonctionné.
Créer un cohabitat à Montréal était mission impossible.
Jusqu’à ce que Village Urbain arrive pour professionnaliser le démarrage de cohabitats.
Village Urbain est un organisme à but non lucratif fondé par Estelle Le Roux Joky et Pascal Huynh, dont la mission est de développer et démocratiser le cohabitat au Québec en créant des milieux de vie collectifs, abordables et centrés sur le vivre-ensemble.
J’ai suivi l’évolution de Village Urbain depuis environ 2020. Des premiers balbutiements, jusqu’au projet de cohabitat à Lachine, jusqu’à la construction de celui-ci. L’OSBL a beaucoup évolué, grandi et est devenu l’acteur principal du cohabitat au Québec.
On n’en serait pas là sans Village Urbain.
On n’en serait pas là sans Pascal et Estelle.
Merci aux fondateurs et à l’ensemble de cette équipe qui professionnalise la création de cohabitats.
Merci à son conseil d’administration qui a regroupé des amoureuses.eux du vivre-ensemble et des gens d’affaires socialement engagés.
Merci aux différents acteurs des organismes gouvernementaux, d’institutions financières et de firmes d’architectes.
Le premier cohabitat à Montréal été possible parce que tout ce beau monde a poussé ensemble dans la même direction.
L’importance des cohabitats dans le mouvement du vivre-ensemble
Je l’ai dit et je le redis :
Au cours des dix prochaines années (au moins), le mouvement du vivre-ensemble au Québec sera porté par les cohabitats.
Il y aura suffisamment de cohabitats pour réseauter, échanger et s’entraider.
Ces cohabitats ont des raisons d’être assez similaires pour se rejoindre dans leurs idées.
Les cohabitats durent plus longtemps dans le temps grâce au design architectural réfléchi dans une perspective de vie collective.
Comme chacun est propriétaire de son unité, il est plus facile de joindre et de quitter sans prendre un trop grand risque financier.
Le modèle du cohabitat est réplicable.
Il est légalement mieux structuré.
Il est le meilleur des deux mondes : vie collective et vie privée.
Les métiers des cohabitants sont indépendants du lieu de vie collectif, cela enlève de l’intensité émotionnelle.
La structure CNV et sociocratie offre un cadre clair et initie une démarche de cheminement personnel (bien que je sois parfois sceptique de la CNV).
Les actions des cohabitats seront bénéfiques pour d’autres sortes de communautés intentionnelles.
On n’en serait pas là non plus sans le travail de Michel Dégagné, du groupe fondateur de Cohabitat Québec et des autres groupes qui ont tenté d’établir des cohabitats au cours des 25 dernières années, que leur projet ait abouti ou non.
Il faut reconnaître le travail de ces pionniers.
Merci à toutes celles et ceux qui ont œuvré à construire le modèle du cohabitat au Québec.
La vague est réelle.
Et elle arrive cette année 🌊
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