Par Ugo Dutil
J’ai l’impression qu’on se complique la vie avec des méthodes qui ne nous appartiennent pas et qui n’ont pas été développées dans un contexte de vie collective.
On peut s’inspirer de la CNV et des cercles restauratifs, mais il me semble bien qu’en voulant trop réussir, on est en train de causer exactement ce qu’on essaie d’éviter.

Communiquer dans un contexte collaboratif d’écovillage, écohameau, écolieu, cohabitat ou habitat participatif est peut-être moins compliqué que l’on pourrait penser. Et garder les choses simples ou juste ne rien faire est parfois la meilleure option.
J’écris ici ce que j’ai développé comme réflexe de communication en 21 ans de vie collective.
Ce n’est pas scientifique.
C’est imparfait.
C’est mon opinion.
Ça ne marchera pas pour tout le monde.
C’est plus simple qu’on ne pourrait penser.
En aucun cas cela devrait être considéré comme une méthode à apprendre par coeur et suivre à la lettre.
Prends-en et laisses-en.
- 1 ~ Développer sa propre méthode
- 2 ~ C’est quoi communiquer
- 3 ~ Qu’est-ce qu’on communique
- 4 ~ Ma capacité à communiquer est directement liée à ma capacité à me mettre à la place des autres
- 5 ~ Écouter plus, parler moins
- 6 ~ La hiérarchie des types de communication
- 7 ~ Les vrais malentendus sont liés à la communication émotionnelle
- 8 ~ Les messages chargés de colère causent des déclenchements à la chaîne exponentiels, des cercles vicieux de réactions émotionnelles et compromettent l’entièreté de la communauté
- 9 ~ Le bon et le danger de la CNV
- 10 ~ Donner du feedback est toujours dangereux
- 11 ~ Consentement
- 12 ~ Je ne comprends pas la lubie autour des cercles restauratifs
- 13 ~ La reformulation a plusieurs niveaux
- 14 ~ Être temporairement un psychopathe est aidant
- 15 ~ L’effet Dark Vader : ce que l’on ne fait pas a beaucoup plus d’importance que ce que l’on fait.
- 16 ~ Les communications par personne interposée ne mènent jamais à de bons résultats
- 17 ~ La seule façon de travailler sa communication pour vivre en collectif est d’expérimenter la vie en collectif
- 18 ~ Implanter, maintenir ou modifier des habitudes fait partie de la communication
- 19 ~ La première chose que je veux dire à quelqu’un n’est probablement pas la bonne
- Fin
1 ~ Développer sa propre méthode
Personnellement, je m’inspire. Je contre vérifie. Je fais des essais. Je fais des erreurs. Je fais la même erreur deux fois. J’apprends.
J’ai plusieurs différentes sources d’inspiration. Je prends des idées partout. Je n’ai aucune allégeance. Je n’admire personne.
La chose que je crois qui peut avoir le plus d’impact sur l’habileté de quelqu’un à communiquer pour maintenir de bonnes relations dans un contexte collaboratif est l’intention.
Le simple fait d’avoir l’intention de s’améliorer, d’apprendre, de se remettre en question fait déjà une différence énorme. Instantanément.
Même si dans les faits, je ne change pas vraiment, je n’arrive pas vraiment à m’améliorer à la fin. Même si je ne change pas.
Si j’essaie activement de changer (même sans réussir), mon attitude sera temporairement complètement différente.
Je serai plus observateur à ce qui se passe. Mon instinct sera meilleur.
Si je crois que je suis en apprentissage. Mon énergie est différente de si je crois que je n’ai rien à apprendre.
On dit souvent que c’est le chemin qui compte, pas la destination.
C’est le cheminement de bien communiquer qui compte plus que son résultat.
En fait, le chemin est un résultat en lui-même.
Juste ça. Si tu as à intégrer un seul truc. C’est lui.
Le défi est de le faire sur la durée. Si on perd le chemin, on perd le résultat.
On finit tous par se cristalliser dans nos habitudes. Par penser qu’on en sait beaucoup et que les situations se répètent. Qu’on les a déjà vues. Qu’on sait quoi faire quand telle chose arrive.
Quand on n’apprend plus. On meurt.
Développe ta propre méthode. Tu es un étudiant de la vie. Tu es constamment en apprentissage.
Tu n’apprends pas de Marshall Rosenberg. Tu es Marshall Rosenberg.
Tu es l’inventeur de l’ampoule et non la personne qui utilise l’ampoule… si ça a moindrement du sens.
Réinvente la roue. C’est le processus qui compte.
2 ~ C’est quoi communiquer
Évidemment, parler, mais c’est beaucoup plus large que ça.
Tous les mots qu’on dit. Comment on les dit (l’intonation et l’énergie émotionnelle qui s’y rattache). Dans quel contexte on les dit.
Tous les gestes de mon corps. Les mouvements de mes mains. Les images du visage : les sourcils, les yeux. La bouche, la mâchoire. Le nombre de rides sur le front. Les plis à côté du nez. Tout ce qui entre dans l’expression faciale.
La position de mon corps dans son ensemble. Mes bras. Mes jambes. Assis. Debout. En marchant. Immobile.
Comment je m’habille et me présente. Vêtements. Accessoires. Souliers. Cheveux. Chapeau. Parfum. Etc.
Tout ça donne des signaux que les autres interprètent. Souvent instinctivement.
Écouter, c’est aussi communiquer.
Choisir de ne rien dire. C’est communiquer.
Écrire, c’est communiquer.
Toutes les formes d’art portent un message.
Les actions qu’on fait ou qu’on ne fait pas font aussi, selon moi, partie de la communication.
3 ~ Qu’est-ce qu’on communique
Des faits. Des idées. Des opinions. Des croyances.
Des émotions. Des inspirations. Des aspirations.
Des rapports de relation (comment je me situe par rapport à toi).
Son identité.
Son intention : informer, créer un lien, influencer, etc.
4 ~ Ma capacité à communiquer est directement liée à ma capacité à me mettre à la place des autres
Si je comprends l’autre, je suis en meilleure position pour adapter mon discours. Son histoire. Son point de vue. Ses émotions. Ses déclencheurs. Ses croyances. Ce qu’il ou elle veut. Ce qu’il ou elle ne veut pas.
Les conflits que j’ai sont tous avec des personnes que j’ai de la difficulté à comprendre. Je suis beaucoup moins empathique avec eux qu’avec d’autres.
Parfois, je comprends. Mais je reproche quand même son comportement à la personne. Donc je pense que je comprends, mais je ne comprends pas vraiment.
Quand j’étais jeune, j’avais un Game Boy (couleur !). J’avais Pokémon jaune. Dans les 151 pokémons originaux, mon préféré était Ditto (Métamorph pour les français). Une espèce de nuage rose qui n’a qu’une seule habileté : prendre la forme et les attaques des autres.
Je suis Ditto. Je m’adapte à mon interlocuteur. Peu importe qui il est. Peu importe ses idées. Peu importe ses émotions.
C’est plus dur quand c’est une personne qui me déclenche, mais des fois j’y arrive.
Je copie le vocabulaire. Les expressions. Les gestes. J’imagine les émotions et leurs histoires.
Parfois, j’invente une histoire pour pallier à ce que je ne sais pas. Même si elle n’est pas vraie. Si j’arrive à justifier l’agressivité de quelqu’un par ce qu’il ou elle a vécu plutôt que juste penser que c’est un gros con, j’ai plus de chances de ne pas être moi-même un gros con avec cette personne.
Je le fais de moins en moins en vieillissant.
Merde, est-ce que je suis en train de devenir un vieux grincheux ?
5 ~ Écouter plus, parler moins
On a l’impression que le seul volet de la communication est de parler, de s’exprimer.
Je vois l’écoute comme beaucoup plus importante que la parole.
De un, si je parle et que personne ne m’écoute, est-ce que je suis en train de communiquer… probablement oui, avec moi-même, mais parce que je suis en train de m’écouter.
Techniquement, pas d’écoute pas de communication.
De deux, parler c’est souvent un besoin. Celui qui parle a besoin de celui qui écoute. Naturellement, beaucoup de gens parlent, peu de gens écoutent. Il y a un débalancement.
Essayer d’arriver à écouter sans juger est une des bonnes idées de la CNV. Je dis essayer car on n’y arrive jamais vraiment complètement.
Démontrer à l’autre qu’on l’a bien compris avec une boucle de communication est primordial. On y reviendra.
Avant d’être en mesure de démontrer à l’autre que je l’ai bien compris, je dois l’avoir écouté.
Parfois j’entends des sons, j’identifie des mots, mais je n’écoute pas. Je pense à autre chose ou je n’enregistre simplement pas.
Pour bien écouter l’autre, souvent j’imagine des images du discours de l’autre ou bien le dialogue qu’il est en train de dire en texte (dans ma tête). Comme des sous-titres d’une vidéo.
Parfois j’extériorise mon manque d’intérêt de ce qu’on est en train de me dire en dialogue interne dans ma tête : (« j’en ai rien à foutre », « on s’en fout », « ça ne sert à rien », « ferme ta gueule (conseil à moi-même) »). Dans le seul but de ventiler mes propres émotions en tant que personne qui écoute.
Évidemment ce n’est pas constructif dans la discussion, et je ne les dis pas, mais ça me fait du bien et permet d’écouter pour éventuellement répondre quelque chose de constructif.
Tout le monde peut écouter en même temps.
Tout le monde ne peut pas parler en même temps.
Quand tout le monde dit tout ce qu’il veut plutôt que de passer son tour et d’écouter, les rencontres sont interminables, inefficaces, désagréables, peu constructives et plus réactives émotionnellement.
Dans un contexte où on passe des heures… et des heures à discuter de décisions collectives, écouter plus, parler moins (ou parler de façon concise et minimaliste) est, selon moi, plus important.
Dans un contexte où écouter l’autre l’aide à cheminer dans ses émotions, écouter est plus important que parler.
Dans un contexte de proximité émotionnelle assez intense, la meilleure façon de prévenir ou rediriger l’énergie d’un conflit est d’écouter.
J’écoute pour aider les autres.
J’écoute pour maintenir de bonnes relations.
J’écoute pour bien guider mon équipe de travail.
J’écoute pour prendre des décisions collectives.
J’écoute pour communiquer.
6 ~ La hiérarchie des types de communication
Je veux juste dire par cela qu’il y a des façons de communiquer qui donnent de bien meilleurs résultats si la communication est plus émotionnelle ou difficile à comprendre.
😃 Se parler face à face en personne
🙂 Se parler en visioconférence
😐 Se parler au téléphone
🙁 Texte privé (texto, email, messenger, whatsapp, lettre)
☹️ Texte public (réseaux sociaux, forum de discussion, slack, discord, babillard)
Lorsque face à face, en présentiel ou au moins dans la même pièce. On a accès à toute l’information de la communication.
Pas juste les mots, je vois le corps entier de mon interlocuteur et des autres personnes qui écoutent. Son expression faciale. J’entends le ton de sa voix et j’ai accès à tout le contexte. J’absorbe inconsciemment énormément d’information qui ne serait pas disponible autrement.
Si j’ai quelque chose à dire d’important, de délicat (qui a un plus grand potentiel de réactivité émotionnelle) ou que je sais qui pourrait être mal compris, j’attends de le dire en personne. C’est ce qui est le plus safe.
Ce que je peux envoyer par texte c’est : « J’aimerais te dire quelque chose en personne, quand et où est-ce qu’on peut se rencontrer ? »
Aussi, l’autre va réagir différemment si je suis directement dans sa face.
On tend à moins se fâcher si l’autre est devant soi. Si on se fâche moins d’entrée de jeu, la communication dans son entier sera complètement différente.
Si je reçois un texte et que je suis seul. J’ai beaucoup plus de chances d’avoir une réaction émotionnelle négative qui n’aidera pas la situation.
Si l’autre me le dit directement, il fournit un cadre à ma réaction. Ma réaction est adaptée à sa présence. Il ou elle m’aidera peut-être à rediriger l’énergie de mon émotion en m’écoutant.
Dans un sens c’est rassurant.
Évidemment, en ce moment, je parle de sujets de communication que je sais être potentiellement sensibles.
Si je veux transmettre de l’information de routine qui est émotionnellement neutre, un texto est souvent mieux et plus efficace.
Je crois que ce que j’essaie d’écrire, c’est que c’est une bonne idée d’adapter son type de communication à la réactivité émotionnelle potentielle de son message.
En présentiel pour ce qui est plus sensible.
En visio si ce n’est pas possible. Au moins on entend l’intonation de la voix et on voit les expressions du visage.
Au téléphone, on entend l’intonation. On entend l’émotion. Mais on ne voit rien.
Par texte, on n’a pas l’intonation de la voix ou le visuel du visage et du corps. Donc, c’est impossible d’avoir un ressenti sur l’émotion de l’information.
J’entends souvent dire, telle personne m’a envoyé ce texte, elle était fâchée.
Non… tu n’en as aucune idée.
Peut-être que je suis méga énervé en écrivant ces lignes.
Peut-être que je suis en train de pleurer à chaudes larmes.
Peut-être que je suis serein.
Tu n’en sais rien.
J’AI ÉCRIT CE MESSAGE EN MAJUSCULE PARCE QUE JE SUIS FÂCHÉ.
Non, on n’en sait rien.
J’ÉCRIS TOUJOURS EN MAJUSCULE SINON JE NE SUIS PAS CAPABLE DE ME RELIRE CAR JE SUIS UNE PERSONNE AÎNÉE QUI A DES PROBLÈMES AVEC SES YEUX.
Spéculer sur l’émotion des autres est dangereux et complètement tout le temps non productif.
Quand on n’a pas l’information sur l’émotion du message, il faut absolument se garder de l’imaginer.
Pire que le message privé écrit en texte, il y a les messages publics écrits en texte, tout ce qui est email envoyé à plus d’une personne de la communauté, un forum ou slack que tout le monde peut lire.
Ou même pire encore, un message texte que tout le monde sur l’internet peut lire.
La plus basse expression de la communication humaine : les commentaires sur les réseaux sociaux.
Quand tout le monde peut voir le texte, il y a un aspect qui magnifie le tout.
Si je veux créer un conflit dans ma communauté. C’est simple.
Je vais écrire un texte d’insulte dans un email et l’envoyer à tout le monde.
Après ça, je vais aller sur Facebook et y écrire un texte pour me plaindre publiquement de ce qui se passe dans ma communauté.
Gros conflit garanti.
Si j’ai une insulte à dire à quelqu’un, je vais aller le dire à cette personne dans sa face.
Peut-être que mon insulte sera moins virulente.
Peut-être que je vais avoir un peu peur de sa réaction et que je vais y aller plus doucement.
C’est bon d’avoir peur des fois. Ça nous empêche de faire des choses regrettables.
Évidemment, dire des insultes est dommageable à la communication pour vivre ensemble et j’utilise des images pour passer mon point, mais si je veux dire quelque chose et que ça se peut que ça sorte tout croche (que ce soit émotionnel et difficile à comprendre), il vaut beaucoup mieux le dire en personne en privé qu’en texte en public.
L’autre aura tout le contexte et j’agirai de façon plus nuancée.
Communiquer en présentiel est toujours mieux quand c’est sensible.
7 ~ Les vrais malentendus sont liés à la communication émotionnelle
Il y a deux formes de malentendu. Probablement plus en fait, mais limitons-nous.
Le malentendu des mots.
J’utilise un mot pour parler de quelque chose. Tu utilises ce même mot pour parler de quelque chose d’autre. Il y a confusion.
Par exemple, disons qu’il y a une ancienne grange et une nouvelle grange qui a été construite l’an dernier (qui en fait est une étable).
« Je vais à la grange. »
Une personne comprend la vieille grange.
L’autre comprend la nouvelle grange (étable).
On ne parle pas de la même chose. Ça mène à de la confusion. Parfois de la frustration, mais on s’en rend compte assez rapidement et c’est assez facile à régler.
Ou, j’ai dit six et tu as compris dix. J’ai mal prononcé un mot et tu en as compris un autre.
En général, on demande de répéter et on met en lumière le malentendu.
Le malentendu des émotions.
Le problème, c’est que le message émotionnel vient complètement changer le sens des mots et qu’il y a énormément d’interprétation.
Exactement les mêmes mots peuvent avoir plusieurs significations différentes.
Par exemple, si je dis : « As-tu les clés de l’auto ? » de façon sereine, le message est : « J’ai besoin des clés pour démarrer l’auto, est-ce que tu les as ? Peux-tu me les donner ? ».
Les mêmes mots sur un ton énervé : « As-tu les clés de l’auto ? ». Le message pourrait être : « Tu as oublié de me donner les clés et ça m’a énervé de devoir revenir jusqu’ici pour chercher les clés de l’auto alors que j’aurais pas eu à faire ça si, toi, tu avais pensé à me donner les clés de l’auto plus tôt… en passant il y a d’autres choses que tu fais qui m’irritent et ça s’accumule et ça commence à devenir un peu trop pour moi. »
Ça peut vouloir dire un million d’autres choses aussi et c’est ça qu’il faut clarifier sans spéculer… bonne chance.
On va revenir sur comment essayer de clarifier ça et essayer de décortiquer son interlocuteur ou soi-même, mais pour l’instant ce qui est important de comprendre, c’est que le malentendu émotionnel est incroyablement plus complexe et difficile à résoudre.
La plupart des gens n’ont pas de contrôle sur le message émotionnel qu’ils envoient. Moi inclus, mais pas tout le temps.
La plupart du temps je suis assez en contrôle pour synchroniser comment je dis les choses à ce que je dis.
Pour qu’il y ait une cohérence entre les mots, l’intonation et ma véritable intention.
Si je suis en réaction et que ce n’est pas le cas, souvent je ne dis rien le temps que ça passe.
C’est souvent l’incohérence entre les deux qui cause la confusion… et plus de réaction… et encore plus de confusion.
Aussi quelque chose que j’ai appris dans un cours du FIC sur le conflit : plus la réaction émotionnelle d’un humain est grande, moins il comprend peu importe ce qu’on lui dit.
« La réactivité émotionnelle agit comme un cire d’oreille virtuelle. » — Laird Schaub
Je l’ai observé consciemment quelques fois.
Donc quand quelqu’un est déclenché, ça se peut que peu importe ce que tu lui dis, il ne le comprenne pas.
On va en reparler plus loin de quoi faire quand ça arrive.
La confusion du malentendu est principalement dans le message émotionnel et opère souvent à un niveau inconscient.
8 ~ Les messages chargés de colère causent des déclenchements à la chaîne exponentiels, des cercles vicieux de réactions émotionnelles et compromettent l’entièreté de la communauté
Dans un contexte de vie collective, si je ne suis pas capable de me contrôler lorsque fâché, je vais causer des raz-de-marée de caca.
Il y a définitivement une sorte d’émotion qui cause plus de dégâts que les autres : agressivité, colère, rage, énervé, monter le ton, crier, haine, violence verbale.
C’est simple. Beaucoup de gens ont des déclencheurs liés à cette émotion.
Ça va les déclencher et ils risquent eux-mêmes de déclencher les autres.
Puis de redéclencher la première personne qui était déclenchée. De se faire redéclencher, etc., etc. C’est un cercle.
Une seule personne en colère peut déclencher des dizaines d’autres personnes. C’est presque exponentiel.
Ça a le potentiel de marquer un événement dont il sera impossible pour le groupe de sortir. Il va y avoir un avant et un après. Si ce n’est pas carrément la fin de la communauté.
Les gens qui croient qu’ils ont besoin d’exprimer leur colère pour ne pas l’accumuler n’offrent pas beaucoup de chances au groupe de perdurer dans le temps.
Ne pas se mettre en colère, c’est accepter la part de souffrance qui m’est due au lieu de la répartir sur les autres.
Ne pas me mettre en colère, c’est avoir une autorité sur moi-même dans un milieu où l’autorité doit venir de soi parce qu’elle ne vient pas de l’extérieur.
On ne se rend pas compte à quel point la société a des mécanismes pour encadrer la force de ce genre de réaction.
Et nous dans nos petites utopies, on essaie de faire sans ces mécanismes. Il faut en être conscient.
On a tous de la colère.
Travailler sur sa colère, c’est directement améliorer sa communication dans un contexte collaboratif.
9 ~ Le bon et le danger de la CNV
Marshall Rosenberg n’a jamais vécu dans une communauté intentionnelle.
La méthode de la CNV n’est pas complètement adaptée à vivre ensemble.
Ce que j’ai pris :
→ Oui, identifier les faits sans jugement (essayer), c’est aidant. Diminuer les jugements en général est aidant pour rejoindre l’autre dans son point de vue. J’ajouterais éviter de spéculer sur l’émotion et sur l’intention des autres. Juger c’est quand même rassurant pour notre cerveau donc c’est très dur, voire impossible, de s’en passer.
→ Offrir de l’écoute est productif et il y a tout un volet en CNV sur l’écoute active. C’est productif et probablement la meilleure facette de la méthode.
Ce que j’ai laissé :
→ Identifier ses besoins et ceux des autres, je crois que c’est aidant, mais e ne le fais plus vraiment. En ce moment, je vais plutôt me concentrer sur le déclencheur, on en revient à dire les faits… mais c’est plus que ça, il y a un moment spécifique de déclenchement plus important à nommer.
→ Oui, identifier son émotion et l’exprimer c’est aidant, mais pas toujours productif. Ça fait un peu comme si j’essaie de hijacker l’écoute des autres. Il y a des risques. On exprime des émotions sans avoir à mettre des mots dessus. =Aussi, ces jours-ci, je ne dis plus du tout la nature de l’émotion, juste dire le fait qu’il y a eu une émotion. Peu importe quelle qu’elle soit.
→ Exiger un discours CNV de mon interlocuteur. Cela a déjà été beaucoup documenté. C’est le paradoxe. Exiger un format quelconque à une personne différente de moi est violent. À éviter.
→ Faire une demande sans jugement, dans laquelle on exprime son émotion, son besoin et on suggère une modification du comportement de l’autre (théoriquement sans attache, mais dans les faits il y en a toujours). Je ne le fais pas. C’est trop carré. Ce n’est pas fluide et c’est du feedback.
Il y a un gros angle mort que personne ne voit : la CNV, c’est donner du feedback.
10 ~ Donner du feedback est toujours dangereux
Chaque demande CNV est un feedback. C’est probablement pour ça que ça chie.
Donner du feedback fait mal et a un fort potentiel de réactivité émotionnelle.
On devrait avoir le consentement de l’autre pour donner son feedback (rétroaction) et y aller de la façon la plus délicate et empathique possible.
Donner de la rétroaction, c’est dire à quelqu’un, tu as fait quelque chose, en ce faisant voici ce que tu n’as pas vu. Voici comment je me suis senti. Voici pourquoi ça ne fonctionne pas.
Parfois c’est quelque chose que tu ne pouvais pas voir, donc c’est bon que je te donne l’information, mais c’est aussi, parfois, par défaut, un reproche. Tu aurais pu le voir et l’anticiper, mais tu ne l’as pas vu.
Le donneur de feedback est, par défaut, placé dans une position hautaine et condescendante qui sous-entend : « J’ai vu quelque chose que tu n’as pas vu, je suis meilleur que toi et tu es un peu stupide de ne pas l’avoir vu. »
C’est toujours désagréable pour le receveur de feedback et dans 99 % des cas, ce n’est pas lui ou elle qui a demandé à recevoir la rétroaction. C’est quelqu’un d’autre qui veut la donner.
Demander du feedback aux autres sur soi-même est une démarche mature, humble et vulnérable qui règle le problème du consentement, mais la plupart des gens ne le font pas (moi inclus… peut-être qu’un jour j’y arriverai).
C’est pourquoi c’est impératif de demander à l’autre s’il ou elle est d’accord de recevoir le feedback.
« J’ai remarqué quelque chose sur notre travail ensemble ce matin, est-ce un bon moment pour toi de l’entendre ? Et est-ce que tu es d’accord que je te le dise ? »
Peut-être que ce n’est pas le bon moment pour l’autre. Il faut respecter cela. Dans ce cas on peut planifier un moment ultérieur pour le faire.
Peut-être que l’autre ne veut pas entendre ce feedback. C’est son droit. Si je le force, ça ne se passera pas bien.
Ça serait néanmoins aidant qu’elle ou il le sache (le feedback) et quelqu’un qui ne veut systématiquement pas recevoir des commentaires externes sur son comportement va être très malheureux à vivre en collectif (et faire chier tout le monde… ce qui n’est pas intrinsèquement mauvais car ça aide les autres à travailler sur soi, mais il y a une limite au nombre de ce genre de personne pour que la communauté fonctionne moindrement bien).
Quand on donne du feedback, ne pas dire « ce n’est pas un reproche ». C’est toujours un reproche.
Dans tous les cas, dans une perspective de communication saine pour vivre ensemble dans un contexte émotionnellement intense comme une communauté intentionnelle, donner du feedback est dangereux.
On devrait être conscient et consciencieux de l’importance de cette notion.
11 ~ Consentement
D’ailleurs c’est une bonne et facile pratique d’aller chercher le consentement d’une personne avant d’entrer en communication avec elle.
« As-tu deux minutes ? »
Il y a un petit pourcentage de chances que la réponse soit non car l’autre est pressé d’aller à un rendez-vous ou autre, mais ça fait juste vraiment du bien de faire reconnaître son choix plutôt que de se faire imposer la discussion.
Je suis parfois assiégé par une communication à laquelle je n’ai pas consenti. Je me recule pour faire signe que je n’ai pas le temps. L’autre continue de me parler. Je pointe du doigt pour dire que je dois y aller. L’autre continue de me parler. Je dois lui couper la parole pour dire que je n’ai pas le temps et que je dois y aller.
Si on y pense. Quand on se dit : « bonjour, comment ça va ? »
Ça veut un peu dire : « Tu es là, je suis là. Es-tu d’accord pour qu’on se parle ? »
Surtout lorsqu’on parle de sujets plus délicats. Ça se demande : « Es-tu ouvert à parler de tel sujet que je sais qui pourrait être délicat ? »
Même si la personne ne l’est pas. Juste parce que je lui ai demandé et que je lui ai laissé son pouvoir, elle va être plus ouverte avec moi.
C’est aussi facile et extrêmement aidant d’aller chercher le consentement des autres dans plusieurs actions que l’on souhaite entreprendre qui pourraient avoir un impact sur l’autre et l’ensemble du groupe.
« J’avais pensé faire ça de cette façon. Est-ce ok pour toi ? Es-tu d’accord ? »
Ça, je le fais tout le temps, ça évite beaucoup de situations désagréables.
12 ~ Je ne comprends pas la lubie autour des cercles restauratifs
Dominic Barter n’a jamais vécu dans une communauté intentionnelle.
Personnellement, je trouve que l’histoire de la création de cet outil est inspirante, mais le contexte d’une communauté intentionnelle est très différent.
Les cercles restauratifs ont été créés dans des quartiers où régnait une violence systémique et quotidienne : trafic de drogue, meurtres, agressions armées, gangs de rue, coups de feu, affrontements entre groupes et avec la police. À cela s’ajoutaient des formes de violence plus invisibles mais tout aussi présentes : violence domestique, violence envers les enfants, conflits de voisinage qui dégénèrent.
Dans ces milieux, la méfiance envers la police et le système judiciaire était forte, alimentée par un sentiment d’injustice et d’abandon. Pour plusieurs, il n’existait tout simplement pas d’espace sécuritaire pour traverser un conflit sans qu’il s’envenime ou se termine en rupture, en représailles ou en violence.
*Citation écrite avec un large modèle de langage : ChatGPT… ce n’est pas de l’intelligence artificielle. Merci.
Il y a peut-être de la violence verbale et psychologique dans les écovillages, cohabitats, habitats participatifs et écolieux, mais on est loin… très loin du niveau de violence dans lequel la méthode est née.
Cet outil n’est pas du tout adapté au niveau de violence du lieu.
S’il y a de la violence physique dans un écovillage, genre une agression armée, c’est la fin de l’écovillage. C’est tout. Tout le monde s’en va. C’est fini. On est assez privilégié pour choisir de partir à tout moment. Vivre ensemble dans un pays occidental privilégié est un choix.
Les habitants des quartiers brésiliens violents de Barter, dans les années 1990, ne pouvaient pas partir de leur quartier. La police et la justice classique ne fonctionnaient pas ou aggravaient le problème. Ils n’avaient pas de choix.
C’est très différent.
On pourrait se dire que comme la méthode a fonctionné dans des milieux très violents, c’est sûr qu’elle fonctionnera dans des milieux moins violents. Elle fonctionnera même mieux !
Ben… non.
Ça ne garantit rien.
Pour être complètement transparent :
Je n’ai jamais participé à un cercle restauratif.
Je comprends assez bien le concept.
J’ai eu connaissance de plusieurs collectifs qui l’utilisent au Québec et en France.
Beaucoup ont quand même fini en conflit.
Je n’ai pas assez de données pour en arriver à une conclusion objective.
Certes, on peut dénouer le conflit avec cette méthode.
Il y a probablement plus de chances que le conflit soit aggravé que dénoué.
Utiliser les cercles restauratifs en dernier recours seulement.
Oui, rencontrer chaque personne du conflit pour comprendre la situation et voir si elle est prête à participer à une réparation de relation a du sens.
Oui, mettre un cadre sécuritaire pour qu’il y ait de l’écoute sans interruption et du respect est bon.
Oui, reformuler ce que l’autre a dit pour en arriver à établir une compréhension commune des événements est puissant.
Oui, trouver ensemble des actions concrètes pour réparer et prévenir est bon.
Pour moi, l’outil est juste trop intense.
Ça fonctionne dans des situations vraiment émotionnellement très graves.
Mais mettre un petit conflit sous le tapis (je ne dis pas que c’est bon) à la place de passer 6 heures à faire un cercle qui, non, n’a aucune garantie de définitivement régler le conflit (il y a même un risque réel qu’il soit aggravé), ce n’est pas si grave que ça.
Est-ce que, en faisant ce cercle, on pourrait d’aggraver ce qu’on essaie de guérir ?
En tant qu’humain, on est maladroit, ça se peut que ça arrive plus souvent qu’on pense. On va y revenir à ce que j’appelle : l’effet Dark Vador.
En fait, je comprends très bien la lubie.
On veut y arriver.
On veut arriver à régler les conflits. À vivre dans un monde meilleur.
Avoir une technique qui va régler tous nos problèmes est un besoin d’espoir humain fondamental.
Je ne veux pas tuer l’espoir.
Je pense juste qu’à ce point-ci, on peut mettre notre espoir ailleurs.
13 ~ La reformulation a plusieurs niveaux
Le meilleur truc de communication que je peux donner, c’est de reformuler ce que l’autre a dit dans ses propres mots.
Pour s’assurer qu’on a bien compris, mais pas que.
C’est aussi pour démontrer à l’autre qu’on l’a bien compris. C’est important et c’est la seule chose qui va amorcer une désescalade de réactivité émotionnelle.
Plusieurs métiers qui communiquent des informations importantes utilisent une communication en boucle fermée (closed-loop communication).
Si une erreur de communication peut mener à la mort de quelqu’un, ça vaut la peine de s’assurer qu’on a bien compris.
La police l’utilise, l’aviation, les militaires, la médecine d’urgence et les cuisiniers bien organisés.
Chef :
→ « Ça va me prendre deux steaks medium saignants pour la table 5 ! »
Cuisinier :
→ « Deux steaks medium saignants, table 5 ! »
Chef :
→ « Oui ! »
1️⃣ Une personne donne une instruction ou une information
2️⃣ L’autre la répète mot pour mot (ou reformule clairement dasn ses propres mots) pour démontrer la compréhension.
3️⃣ La première personne confirme la compréhension (ou la corrige).
Ça, c’est la boucle.
Ça évite les erreurs.
Évidemment, pas besoin de la faire à chaque information. Ça peut devenir lourd.
Il y a quelques années, j’écoutais un podcast qui avait pour invitée Diana Leafe Christian. À chaque question de l’hôte, Diana Leafe répétait la question dans son entièreté, demandait si c’était bien ça la question. Ce n’était pas une discussion très fluide. Ça alourdissait la conversation, ça prenait beaucoup plus de temps, c’était difficile à suivre en tant que personne tierce.
Pas besoin de toujours faire des boucles pour chaque communication, mais on devrait le faire quand quelqu’un nous donne une information importante.
Comme transmettre une responsabilité. Une information d’organisation sans laquelle on ne peut fonctionner. Ou bien un message plus émotionnellement chargé.
Ça aide à éviter les malentendus sur les mots.
Mais ça devient vraiment intéressant quand on évite aussi les malentendus émotionnels.
C’est rien de nouveau, la CNV propose aussi de faire ça.
Par contre, je ne pense pas que la version CNV soit optimisée.
CNV : nommer les faits, nommer l’émotion, nommer le besoin.
« Merde, arrête de laisser tes souliers traîner devant la porte. Je me suis presque fait mal en ouvrant. »
« Il y a cinq minutes, tu as tenté d’ouvrir la porte. Mes souliers bloquaient la porte. Tu as presque cogné ta tête sur la porte et tu es en colère parce que tu as un besoin de sécurité et de prévisibilité. »
Personne ne parle comme ça.
Un : être aussi précis sur les faits est suspect. Tout le monde juge.
Deux : on n’utilise jamais le mot colère à la première ou à la deuxième personne dans le vocabulaire courant. On utilise des expressions :
« Ça m’énerve. »
« Ça me fait chier. »
« Ça me tape sur les nerfs. »
« C’est n’importe quoi. »
Dire à l’autre « tu es en colère » ne reconnaît pas sa colère. Ça risque de juste le mettre encore plus en colère.
Peut-être que c’est quelque chose qui s’est perdu dans la traduction de l’anglais au français parce que j’imagine bien quelqu’un dire « I’m angry ». En français, par contre, en québécois, « je suis en tabarnak ! ».
Dire « je suis en colère » n’exprime pas la colère et n’est pas satisfaisant.
Donc se faire dire « tu es en colère » ne reconnaît pas la colère.
Trois : pas besoin de perdre du temps avec la nature de l’émotion. Toutes les émotions à nommer sont désagréables.
Ça peut être aussi simple que :
« T’as pas aimé quand… »
« Ça vient te chercher… »
« T’as vraiment trouvé ça désagrable… »
On a juste besoin de reconnaître que c’était désagréable pour l’autre.
Quatre : dans la mention des faits sans jugement, on peut y perdre le déclencheur. Il faut nommer le déclencheur et idéalement pourquoi c’est important.
« Merde, arrête de laisser tes souliers traîner devant la porte. Je me suis presque fait mal en ouvrant. »
« Tu t’es presque pris la porte dans la face, ça t’a fait énerver parce que tu veux pas te faire mal. »
« Tu t’es presque pris la porte dans la face » (déclencheur)
« …ça t’a fait énerver » (cette émotion est désagréable pour toi)
« …parce que tu veux pas te faire mal. » (pourquoi c’est important pour toi)
« Je m’en fous de me blesser. Je te dis dix fois par jour de ranger tes souliers et rien ne change. »
« Mes souliers traînent encore devant la porte et t’aimerais ça que je change mon habitude. C’est ça qui vient te chercher ? »
« Mes souliers traînent encore devant la porte » (déclencheur)
« …et t’aimerais ça que je change mon habitude. » (pourquoi c’est important)
« …C’est ça qui vient te chercher ? » (cette émotion est désagréable pour toi)
« Oui, j’aimerais ça que ça change. »
Ahhh.
On s’entend que si je veux encore aller plus loin, je peux dire :
« Mes souliers traînent encore devant la porte et t’aimerais ça que je change mon habitude parce que t’as l’impression que je t’écoute pas quand je répète la même erreur. C’est ça qui vient te chercher ? »
Et là, oui, on se dirige vers nommer un besoin.
C’est probablement plus fort.
C’est probablement pas nécessaire et trop long.
Faut vraiment être clutch pour le faire instantanément.
Mais si je dis : « Mes souliers traînent encore devant la porte et t’aimerais ça que je change mon habitude parce que tu as un besoin d’écoute. C’est ça qui vient te chercher ? »
« …tu as un besoin d’écoute… »
Berk.
Ça sous-entend presque : « C’est toi le problème. »
C’est presque un reproche. C’est presque un feedback.
Ne pas nommer le besoin de l’autre. Je peux y penser (dans ma tête pour bien comprendre la situation), mais sans le nommer.
Ou bien le nommer dans l’autre sens : « tu as un besoin d’écoute » → « t’as l’impression que je t’écoute pas ».
Nommer le déclencheur.
Nommer que c’est une émotion négative.
Essayer de trouver pourquoi c’est important.
On n’a pas besoin d’aller dans pourquoi le déclencheur existe.
L’idée est de démontrer à la personne qu’on l’a compris.
Aussi, refléter la bonne émotion est aidant et même peut-être plus que les mots. Donc, comment je vais dire mon reflet, avec quelle intonation, avec quelle expression faciale, avec quels gestes du corps pour aller chercher le message émotionnel sans devoir dire un mot pour démontrer que j’ai compris l’émotion.
On encadre la personne. On lui démontre qu’on la comprend. Et on essaie vraiment de comprendre ce qui peut être changé dans son propre comportement.
Dire « je te comprends » n’est pas la même chose que démontrer que l’on a compris.
Si la personne est consciente de ce que tu es en train de faire, ça pourrait ne pas fonctionner. Dans ce cas, il vaut mieux simplement écouter.
Ça prend beaucoup de pratique pour le faire en temps réel et que ça ne paraisse pas.
Bonne chance.
14 ~ Être temporairement un psychopathe est aidant
Quand on écoute, on encadre et on essaie de faire désescalader quelqu’un, ce n’est pas le moment de soi-même être déclenché.
C’est aidant de temporairement ne pas avoir d’émotion pour rester lucide dans ce travail.
Ne pas avoir d’empathie.
Ne pas avoir de réaction.
Bloquer tout.
Temporairement.
Le temps d’aider l’autre.
Le temps de communiquer objectivement et en conscience.
Ce n’est pas donné à tout le monde.
Si je suis moi-même déclenché par la réaction de l’autre, ne pas faire de boucle de communication.
Évidemment, orienter toutes ses propres réactions émotionnelles vers l’intérieur n’est pas idéal à long terme.
Ça s’accumule.
L’idée est plutôt de trouver une façon d’accumuler à certains moments clés et de relâcher à d’autres moments.
Ça, c’est le travail d’une vie.
Ça aide d’avoir la capacité à mettre ses propres émotions de côté temporairement pour bien communiquer dans un lieu de vie collectif.
15 ~ L’effet Dark Vader : ce que l’on ne fait pas a beaucoup plus d’importance que ce que l’on fait.
Attention je vais spoiler Star Wars, épisode III : La Revanche des Sith.
Le film est quand même sorti en 2005, il y a plus de vingt ans.
Anakin a une vision du futur, de la mort de sa bien-aimée.
Il veut tout faire pour prévenir sa mort.
Il fait plein de choses horribles pour essayer de la sauver.
En bout de ligne, c’est sous-entendu que ce sont les choses horribles qui l’ont tuée (en plus de l’accouchement).
Donc, il aurait causé sa mort en essayant de prévenir sa mort. (En tout cas, c’est toujours comme ça que je l’ai interprété.)
Il devient Dark Vador et regrette ce qu’il a fait à tout jamais.
S’il s’était dit : « J’accepte qu’elle meure. »
Peut-être qu’elle ne serait pas morte.
La meilleure chose à faire était probablement ceci : rien.
Peut-être que, plus régulièrement qu’on pense, on cause exactement ce qu’on était en train d’essayer de prévenir.
Cercles restauratifs… clin d’œil, clin d’œil…
Si je n’ai pas une bonne relation avec quelqu’un et que je souhaite que ça aille mieux, je me dis que je vais aller lui parler pour rectifier la situation.
Je veux faire quelque chose.
Est-ce que je suis en train de faire quelque chose qui va causer exactement ce que j’essaie de prévenir (la mauvaise relation) ?
Je vais parler à l’autre, je m’excuse, je souhaite faire quelque chose pour réparer la relation.
L’autre est distant. Mal à l’aise. Me dit que tout est beau.
Penses-tu que ça a fonctionné ?
Est-ce que la relation est meilleure ?
Peut-être que toi tu te sens mieux, toi, mais la relation, ça va des deux sens.
Est-ce que l’autre se sent vraiment mieux ?
Penses-tu que tu as aggravé la relation alors que c’est l’inverse que tu essayais de faire ?
Non, mais dans les films les personnages se chicanent et après s’excusent… se réconcilient et tout finit bien.
La réalité est un peu différente.
La réalité dans un contexte de vie collective où tu vois tes cohabitants chaque jour est complètement différente.
C’est un contexte émotionnel super intense.
Essayer de régler la situation.
Faire quelque chose.
Ce n’est pas toujours la meilleure option.
Parfois, je suis (verbe être) le problème et peu importe ce que je fais, je vais empirer le problème.
Les choses que je peux faire pour avoir une bonne communication sont importantes.
Mais les choses que je ne fais pas sont cent fois plus importantes.
Il y a tellement de choses qu’on peut faire pour empoisonner les relations de la vie collective.
Si je ne mens pas durant des années, j’ai une bonne relation avec l’autre. On se fait confiance. Je mens une fois. Confiance détruite. Je vais m’excuser… mais le mal est fait.
Ne pas mentir était beaucoup plus important que dire que je suis désolé.
Si je suis agressif avec les autres une seule fois, ça va effacer tout le reste. Tous les bons moments qu’on a passés à manger ensemble, à faire des jeux, à travailler ensemble, à prendre des décisions ensemble, à fêter, à danser…
En un claquement de doigts, tout ça n’existe plus.
Ne pas déverser ma colère sur les autres une seule fois était beaucoup plus important que toutes les choses qu’on a construites ensemble à travers plusieurs années.
Les choses qu’on ne fait pas sont beaucoup plus importantes que les choses que l’on pourrait faire pour réparer les relations après coup.
Demande-toi toujours, avant chaque communication, avant chaque action :
Est-ce que je suis en train de causer ou d’empirer exactement ce que j’essaie d’améliorer ?
La réponse va être oui parfois.
Parfois, il faudra endurer la tension de la relation. Laisser du temps et attendre le bon moment qui pourrait venir des années plus tard.
Parfois, accepter le malaise et le conflit, sans essayer de le changer, permet de ne pas l’empirer… de continuer à coexister sans devoir mettre fin à la collaboration.
Ne deviens pas Dark Vador. Sois Anakin (…avant qu’il tue tous les Younglings).
16 ~ Les communications par personne interposée ne mènent jamais à de bons résultats
Chaque fois que je communique avec quelqu’un par l’entremise d’une autre personne, c’est un risque de mésentente.
Ça inclut le « peux-tu dire ceci à telle personne quand elle reviendra », le commérage de bas étage et les personnes sournoises qui essaient de passer par une personne tierce parce qu’elles sont en conflit avec la personne à qui elles aimeraient parler.
Chaque fois que je veux faire une communication saine, je vais dire directement, moi-même, à la personne concernée.
Sinon, le message va toujours se déformer.
C’est nocif pour la personne qui veut passer le message, pour celle qui est entre les deux et pour celle qui reçoit le message.
Tout le monde y perd.
Si la personne à qui je veux parler n’est pas là, je prends moi-même la responsabilité de me rappeler d’aller voir cette personne ou de communiquer avec elle d’une autre façon.
Si je suis en train de me plaindre de quelqu’un à une autre personne pour ventiller, c’est ok. Ça fait un certain travail émotionnel, mais si j’ai vraiment un message à passer, je vais le dire directement. Pas dans le dos.
Si on n’a pas le courage d’aller le dire directement, on ne dit rien.
Si on pense empirer la situation, on ne fait rien.
17 ~ La seule façon de travailler sa communication pour vivre en collectif est d’expérimenter la vie en collectif
Ce n’est pas très pratique parce qu’idéalement, ça serait super de pouvoir travailler sa communication avant de vivre en collectif.
Mais quand on n’a jamais vécu en communauté intentionnelle, on ne peut pas comprendre et ressentir le contexte de cette communication.
Il faut le vivre pour l’apprendre.
On va faire des essais.
On va faire des erreurs.
On espère que les erreurs ne soient pas fatales.
On est hyper attentif pour en tirer le plus de leçons possibles.
La société occidentale moderne est faite pour que l’on puisse jeter nos relations (pas seulement amoureuses) lorsqu’elles ne nous conviennent plus. Quand on n’a plus ce privilège, ça change complètement la game.
18 ~ Implanter, maintenir ou modifier des habitudes fait partie de la communication
Quand je travaillais sur la route à livrer des boîtes, je mettais rarement ma ceinture de sécurité.
Ça a pris trois contraventions avant que je décide de me discipliner à toujours mettre la ceinture.
Encore aujourd’hui, si à chaque fois que je conduis une automobile, même pour un seul kilomètre, je ne mets pas ma ceinture, je perds mon habitude.
Consciemment travailler ses habitudes, c’est difficile.
Si je suis incapable de prendre des habitudes, j’envoie des messages aux autres malgré moi.
Situation réelle : ça fait au moins quatre ou cinq fois qu’il est demandé : « Dans le vestiaire collectif, mettre ses bottes et souliers sur les grilles pour faciliter le lavage du plancher. »
Ce n’est pas très compliqué comme habitude à prendre.
Sûrement que tout le monde le fait…
Non, il y a toujours une douzaine de souliers sur le plancher.
En même temps, c’est compliqué…
Il faut avoir compris le message initial.
Il faut l’avoir mémorisé.
Il faut y penser au moment opportun.
Il faut combattre la paresse du cerveau qui donne de la dopamine pour faire le moindre effort.
Il faut se sentir concerné par la cohésion collective.
Il faut être capable de se mettre à la place de la personne qui lave le sol.
Il faut le faire suffisamment de fois pour que cela devienne une habitude et se fasse automatiquement.
Il faut être assez discipliné et conscient pour maintenir l’habitude.
Savoir prendre des habitudes. Savoir modifier ses habitudes. Savoir maintenir ses habitudes. C’est de l’art.
Nos actions communiquent.
Si je ne mets pas mes bottes sur les grilles, comment cela pourrait-il être interprété :
« J’en ai rien à foutre des ententes collectives. »
« Je n’ai pas écouté quand tu as parlé. »
« Ce que tu dis n’est pas important. »
Alors que ce qui devrait vraiment être compris est :
« Je suis incapable de construire une habitude. »
Les habitudes communiquent. Pas d’intention dans les actions. Pas de bonne communication.
19 ~ La première chose que je veux dire à quelqu’un n’est probablement pas la bonne
Ce n’est pas uniquement de tourner la langue sept fois dans sa bouche.
Quand j’ai vraiment quelque chose d’important à communiquer, l’idée est de laisser du temps. Genre : 24 heures.
La situation va se jouer plusieurs fois dans ma tête.
En pensée, je vais dire plusieurs choses que j’ai le goût de dire.
Oh que ça me ferait du bien de les dire, mais ça n’aidera probablement pas la situation.
Au début, il y a beaucoup de trucs à dire qui ne sont probablement pas constructifs.
Est-ce vraiment important que l’autre sache tous les détails de ma vie, pourquoi je prends cette décision ?
Par contre, certains détails sont importants.
Ça fait quand même du bien de s’imaginer certaines choses qui ne sont jamais dites.
Ça va mijoter. On va synthétiser.
On va enlever certaines émotions destructrices.
On peut garder les émotions constructives.
Après plusieurs replays dans la tête, on se rend compte de l’essentiel.
La vrai communication que je vais choisir de faire est différente de ce que je voulais dire initialement.
Quand c’est important : laisser du temps.
Fin
C’était pas si simple que ça finalement. Désolé.
Je propose quand même quelques idées pas si compliquées :
- Toujours apprendre
- Communiquer, c’est beaucoup plus que parler
- On communique des émotions
- Bien se mettre à la place des autres
- Écouter plus, parler moins
- Adapter le type de communication
- Les malentendus sont émotionnels
- La colère détruit tout
- La CNV a quand même du bon
- Donner du feedback est toujours dangereux
- Aller chercher le consentement
- Cercle restauratif en dernier recours
- Faire des boucles (ça c’est compliqué)
- Être un psychopathe temporaire
- Ne rien faire
- Communiquer directement
- Vivre en collectif pour apprendre
- Modifier ses habitudes (ça aussi c’est compliqué)
- Laisser du temps au temps
J’espère que ce sera constructif pour d’autres personnes qui vivent dans des lieux de vie collaboratifs similaires au mien.
Ça aura quand même été constructif pour moi. Ça m’a fait du bien d’écrire et de conscientiser tout ça.
J’en ai profité pour me défouler sur certaines situations réelles que je vis chaque jour.
Ne pas prendre ces trucs pour des communications au travail ou dans la vie personnelle.
Je parle vraiment d’un point de vue de communauté de vie.
Partage-moi tes trucs de communication de vie collective. Je cherche toujours de l’inspiration.
Ciao. Bye.

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