À Noël, on m’a offert un livre que je n’attendais pas vraiment. Il s’intitule Vivre ensemble en écolieu de Daphné Vialan. Honnêtement, je l’ai laissé traîner un bon moment. Je me disais : encore un livre sur la CNV, la sociocratie, les outils pour créer une communauté intentionnelle. Encore un point de vue un peu théorique, un peu novice.
Mais je me trompais.
Ce livre ne parle pas de comment créer un groupe. Il parle de comment vivre ensemble. La partie vivre du vivre-ensemble. Il s’adresse à celles et ceux qui vivent déjà en collectif. Ou à ceux qui sont très sérieux dans leur démarche. Pas aux créateurs de communautés intentionnelles ou aux curieux qui découvrent le mouvement.
Bref, enfin un livre pour moi !
Je ne connaissais pas Daphné Vialan. Elle a vécu six ans à l’Arche Saint-Antoine et elle est accompagnatrice pour la coopérative Oasis. Sa réflexion est mature. Nuancée. Profonde. On sent qu’elle a de l’expérience.
Plusieurs thèmes m’ont vraiment touché.
D’abord, l’écart entre le rêve et la réalité. J’en parle souvent moi aussi. On arrive en collectif avec des idéaux. Puis on découvre les tensions, les frustrations, les limites humaines.
Le livre aborde aussi les mythes autour du vivre-ensemble. Un thème qui m’intéresse 👇
Il y a aussi le rôle du fondateur. Sujet sensible. On projette beaucoup sur cette personne. Comme on projette sur les figures d’autorité. Parfois, sans s’en rendre compte, on rejoue des dynamiques familiales. On réagit à quelqu’un comme s’il était notre parent.
Un autre point fort : revisiter régulièrement la raison d’être du collectif. Ce n’est pas quelque chose qu’on écrit une fois pour 25 ans. Ça se travaille. Ça évolue. Sinon, on se rigidifie.
Le livre parle aussi de souveraineté individuelle. Clarifier son engagement. Comprendre les types de pouvoir. Les rôles. La culture implicite d’un groupe. Et même la définition du conflit.
J’ai particulièrement aimé la section sur l’écoute empathique. J’accorde beaucoup d’importance à l’écoute. Mais ici, on rappelle qu’il ne faut jamais tomber dans l’extrême. Il y a toujours une danse entre deux polarités. L’écoute est précieuse. Mais elle a des limites. Comme tout.
Et ça m’amène à ce qui a été ma grande révélation : les polarités.
En fait, chez nous, on parle souvent de polarité, mais un peu différemment.
Le livre montre qu’il existe plusieurs polarités à naviguer : individuel // collectif, horizontalité // verticalité, tradition // innovation, efficacité // harmonie… il y en a plusieurs autres.
Ça m’a frappé.
J’ai déjà parlé de la tension entre tradition et innovation. Moi, je suis très biaisé vers l’innovation. J’ai de la difficulté avec les gens qui valorisent la tradition. Mais en lisant, j’ai compris que les deux pôles ont des forces et des dangers. L’idée n’est pas de choisir un camp ou même de trouver un équilibre. C’est de naviguer entre les deux. D’identifier les bons côtés de chaque pôle. Et d’éviter leurs dérives. Donc passer un moment dans un pôle, après aller dans l’autre pôle… puis revenir dans le premier.
L’autrice propose même de faire des cartes de polarité pour comprendre certains conflits. J’ai tout de suite pensé à des tensions vécues chez nous. Des situations que je ne comprenais pas complètement. Ça m’a donné envie d’appliquer cet outil.
J’aime aussi quand un livre joue avec les mots pour changer notre perception.
Par exemple, moi, j’aime bien dire qu’il faut apprendre à vivre ensemble, et non réapprendre. Ce n’est pas la même chose. Ça ne raconte pas la même histoire.
Dans le livre, on ne parle pas de résoudre un conflit, mais de le transformer. Un conflit ne disparaît jamais complètement. Il laisse une trace. On peut le traverser. Le faire évoluer. Mais pas l’effacer.
Il y a aussi une nuance que j’ai trouvée puissante : la différence entre « j’ai confiance » et « je fais confiance ». Ce n’est pas pareil.
La dernière partie du livre m’a particulièrement touché. L’autrice parle de sa sensation d’être en conflit avec le monde depuis toujours. Je suis pas mal comme ça moi aussi. Elle met en garde contre la mentalité du « nous contre eux ». Le biais de groupe. L’idée que nous, on est plus conscients, plus avancés.
À travers ce livre, on sent aussi la maturité du mouvement français des habitats participatifs. La coopérative Oasis a beaucoup contribué à structurer ces réflexions. Et Daphné Vialan en fait clairement partie.
Après ma lecture, je suis tombé dans un vrai rabbit hole. J’ai lu ses articles. Écouté ses podcasts. Notamment un texte intitulé « Ce que j’ai appris en quittant un écolieu ». Une phrase m’a marqué : vivre ensemble, ce n’est pas pour tout le monde. Et ce n’est pas pour toujours.
Ça m’a bousculé.
Elle explique qu’elle attendait du collectif qu’il donne du sens à sa vie. Et qu’elle a réalisé que la vie peut avoir du sens autrement. Cette réflexion m’a confronté à mes propres attentes. Est-ce que je demande trop au collectif ? Est-ce que je lui confie la responsabilité de combler mon besoin de sens ?… oui… merde.
De tous les livres que j’ai lus sur le vivre-ensemble, c’est mon préféré. Peut-être parce que je vis déjà en collectif. Si tu es seulement en train de rêver, ce n’est peut-être pas le bon point de départ. Mais si tu es engagé pour vrai, ce livre peut t’amener plus loin.
Personnellement, il m’a aidé à clarifier des choses. À voir mes biais. À comprendre certaines tensions. Et à accepter que vivre ensemble, ce n’est pas un idéal figé. C’est un processus vivant. Complexe et humain.
Je recommande cette lecture à toute personne qui vit en habitat participatif, en écovillage, en écolieu collectif ou en communauté intentionnelle. Peu importe le terme. Ce qui compte, c’est l’expérience.
Et moi, je continue à lire, à réfléchir, à partager. D’abord pour moi. Pour Ugo du futur qui aura oublié une partie de tout ça. Et si ça peut servir à quelques autres personnes au passage, tant mieux.
J’ai écris ce texte en conscience avec l’aide d’un large modèle de langage (ChatGPT). J’ai condensé 2000 mots en 1000 mots. Toutes les idées sont les miennes.
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