Comment bien entrer en contact avec un écovillage (et éviter les drapeaux rouges)

Une partie de mon implication dans l’écovillage où j’habite, c’est de m’occuper du membership. Concrètement, ça veut dire que je reçois des courriels de personnes qui souhaitent rejoindre la communauté. Et avec le temps, j’ai remarqué qu’il y a des choses à dire (et d’autres à ne pas dire) quand on fait ce premier contact.

Dans cet article, je te partage mon point de vue de l’intérieur, pour t’aider à entrer en contact de façon saine et réaliste avec des écovillages, des habitats participatifs ou d’autres milieux de vie collaboratifs.

Le plus gros drapeau rouge : la certitude sans expérience

Probablement la chose qui lève le plus gros drapeau rouge pour moi, c’est ce genre de message : « C’est sûr que votre mode de vie est fait pour moi, je voudrais déménager demain », et ce, sans même avoir visité.

Quand je lis ça, c’est certain pour moi que la personne n’est jamais venue ici. Elle n’a aucune idée de quoi le terrain a l’air, de comment ça fonctionne au quotidien, ni de comment sont les gens. Peut-être qu’elle a vu des photos ou des vidéos sur Internet, peut-être qu’elle se dit : « Wow, ça m’intéresse. » Mais dire que c’est sûr que c’est fait pour soi, sans expérience concrète, ça révèle souvent un gros écart entre la réalité et le rêve de vivre ensemble.

Et comme il y a 99,9 % de chances que ça ne fonctionne pas dans ces conditions-là, pour moi, c’est un red flag. Je vais souvent tenter de rediriger la personne vers autre chose. Parce que tu ne peux pas être certain que ce mode de vie te convient sans même avoir mis les pieds sur place. C’est littéralement impossible.

Même après trois mois, ce n’est pas évident. Après trois ans ou cinq ans, là, tu commences vraiment à savoir si vivre en écovillage te convient. Mais la certitude immédiate, c’est souvent un très mauvais signe.


L’urgence de se loger : une mauvaise base

Un autre message que je reçois parfois, c’est : « J’ai besoin d’un endroit pour me loger, je déménage le 1er juillet. Est-ce que vous avez de la place pour moi ? »

Joindre une communauté, c’est volontairement un processus lent. C’est fait pour qu’on apprenne à se connaître, pour qu’on s’engage en conscience et pour éviter les mauvaises surprises. Donc quand quelqu’un arrive avec une deadline urgente, c’est presque automatiquement non.

Les espaces qui se libèrent dans une communauté ne sont pas toujours prévisibles. Et surtout, ce n’est pas à la communauté de porter l’urgence de logement de quelqu’un. Si tu es dans un mindset de pression et de date limite, ce n’est vraiment pas le bon moment pour joindre un milieu de vie collectif.

Une alternative beaucoup plus saine, c’est de te trouver un logement à proximité. Tu te rapproches géographiquement, tu prends la responsabilité de ton logement, et tu fais ensuite le processus d’intégration tranquillement.

S’engager dans une communauté uniquement pour avoir un toit, ce n’est pas une bonne raison. J’ai vu passer beaucoup de stagiaires et de personnes intéressées qui sont reparties après quelques mois. Vivre ensemble, ce n’est pas fait pour tout le monde. Si tu viens ici juste pour une option de logement, ça ne fonctionnera pas.


L’argent : important, mais pas en premier

Une autre chose à éviter en premier contact, même si ça peut sembler contre-intuitif, c’est de demander : « Ça coûte combien pour joindre l’écovillage ? »

Oui, c’est une information importante. Oui, parfois il y a un terrain à acheter, une maison, une unité. Mais ce n’est pas la première question à poser. Joindre un écovillage, ce n’est pas qu’une question d’argent.

Si, en apparence, la seule chose qui détermine ton intérêt, c’est l’abordabilité, ça sonne bizarre. Il y a énormément d’autres facteurs à considérer quand on veut vivre ensemble. Et si l’argent est la seule raison, peu importe le prix, ça ne tiendra pas.

En passant, voici le montant que ça coût joindre l’écovillage dans lequel je vis : 0$ (ça ne veut pas dire qu’il n’y a aucun frais lié au logement, mais tout se fait en location donc pas d’invertissement initiale).


Être en réaction contre la société

Il arrive aussi que des gens laissent entendre, dans leurs courriels, que leur mode de vie actuel ne leur convient pas du tout. Ce qui peu laisser sous-entendre qu’ils ne sont pas fonctionnels dans la société.

Même si c’était vrai pour moi aussi à une époque, il y a une différence entre le vivre et le dire. Un écovillage, c’est un microcosme de la société. Si tu es en réaction constante contre la société, il y a de fortes chances que tu retrouves les mêmes irritants dans un milieu collectif.

Donc même si tu ne te sens pas à ta place dans la société dominante, garde-toi de l’espace pour observer, explorer et connaître les gens avant de te positionner là-dessus.


Les bonnes choses à faire

La première bonne chose à faire, avant même d’écrire, c’est d’aller voir le site web. Est-ce que je peux trouver des réponses par moi-même ? Est-ce que je suis capable de me faire une première idée sans que quelqu’un me prenne par la main ?

Dans les milieux collaboratifs, il y a beaucoup de situations où je dois me débrouiller par moi-même. Montrer dès le départ que je sais chercher de l’information, c’est un gros plus.

Une excellente question à poser, c’est : « C’est quoi votre processus pour devenir membre ? » Ça montre que tu comprends qu’il y a un chemin à parcourir, et qu’on ne s’engage pas du jour au lendemain.

Tu peux aussi demander s’il y a des journées portes ouvertes ou des événements ouverts au public. C’est souvent la meilleure façon de découvrir un écovillage, de visiter, de poser des questions et de voir à quoi ça ressemble concrètement.

Les stages, le woofing ou les séjours temporaires sont aussi d’excellentes portes d’entrée. Être sur place, même dans un autre cadre, permet d’apprendre à connaître les gens, les processus et la réalité du quotidien.

Enfin, une question simple et très bien vue : « Est-ce qu’il y a des journées où je peux venir aider ? » Les corvées collectives sont souvent ouvertes, et venir donner un coup de main est une belle façon de créer un premier lien.


Se laisser de l’espace pour essayer

Plutôt que de dire : « C’est sûr que votre mode de vie est fait pour moi », une approche beaucoup plus mature, c’est de dire : « Votre mode de vie m’intéresse. J’aimerais le découvrir et l’essayer pour voir si c’est pour moi. »

C’est exactement cet esprit-là qu’on recherche. Les personnes qui sont restées à long terme dans l’écovillage où j’habite étaient dans cette posture-là : curieuses, prudentes, ouvertes à l’expérimentation.

Et surtout, laisse-toi du temps. Vivre ensemble, ça s’apprend. Et ça commence dès le premier courriel.


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