Vivre ensemble n’est pas une science

Jamais de ma vie je n’ai été capable de résoudre un cube Rubik par moi-même. J’ai déjà été capable de faire un côté, et même une deuxième ligne du deuxième côté. Mais jamais, durant 36 ans de ma vie, je n’ai réussi à aller plus loin ou à avoir l’intérêt d’aller plus loin que ça.

L’an dernier, je me suis dit : tiens, si j’apprenais à vraiment compléter le cube Rubik ? J’ai regardé des vidéos, j’ai appris comment on fait pour résoudre un cube Rubik. Il y a des étapes, des positions, des formules.

C’est scientifique, c’est mathématique. Si tu identifies la bonne étape, la bonne position, tu fais la bonne séquence : 100 % des fois, tu vas arriver à résoudre le cube Rubik.

Je peux enseigner à n’importe qui comment résoudre un cube Rubik.

Mais c’est quoi le rapport avec vivre ensemble ?

Faire un cube Rubik, c’est exactement l’inverse de vivre ensemble. Je peux garantir à 100 % que je suis capable de faire ce cube Rubik, que tu es capable de le faire si je te le montre. Mais en aucun cas, je ne peux garantir à 100 % à quelqu’un qu’il y a des étapes, des formules à suivre pour réaliser un projet de vivre ensemble.

Il n’y a aucune marche à suivre qui va te donner un résultat où tu es garanti que ton projet de cohabitat, d’habitat participatif, d’écovillage, d’écolieu va bien fonctionner. Si quelqu’un te laisse sous-entendre le contraire, il te ment ou il se ment inconsciemment à lui-même.

Peu importe le nombre d’heures, la quantité d’apprentissage que tu fais, rien ne va garantir la réussite d’un projet communautaire de vie à long terme.

Vivre ensemble n’est pas un cube Rubik.

Vivre ensemble n’est pas une science.

C’est dur à croire, parce qu’on résout tellement de problèmes dans notre société avec la science, la raison ou la technologie, qu’on se dit qu’on va trouver une solution à ce problème par la science. 

Mais non. Le facteur humain est trop complexe. La science ne l’a pas encore décodé, et je ne pense pas que la science va arriver à décoder la nature humaine de mon vivant.

C’est pour ça qu’il faut explorer des solutions dans l’art, dans le spirituel, dans l’émotionnel, parce qu’on n’arrive pas, dans le rationnel, à aller où c’est nécessaire pour réussir à vivre ensemble à long terme.

Et je dis ça parce que parfois, il y a des gens bien intentionnés qui parlent de marche à suivre, de formules, de piliers pour arriver à vivre ensemble. Et parfois, la façon dont c’est présenté laisse croire que ça va garantir le succès d’une communauté intentionnelle.

Mais rien ne va garantir le succès d’une communauté intentionnelle. D’ailleurs, il n’y aura pas de succès à une communauté intentionnelle, parce qu’il n’y aura pas de moment où tu arrives là et tu dis : « Ça y est, j’ai pérennisé la continuité de cette communauté pour toujours. »

Non. C’est un travail constant. C’est une énigme sans fin.

Rendu où j’en suis, je me méfie beaucoup des méthodes, des gens qui arrivent avec : « Voici quoi faire pour faciliter votre communauté intentionnelle. »

Ou cette espèce de pensé magique qui nous pousse à croire que : « Ça y est ! Avec cette nouvelle technique de communication révolutionnaire, nous allons régler tous les problème de notre groupe. »

Je crois que les méthodes peuvent aider, mais il faut arrêter de se dire, même si c’est très tentant, qu’avec une nouvelle méthode, notre communauté intentionnelle va enfin bien fonctionner pour toujours. 

Probablement qu’on n’arrivera jamais a résoudre l’énigme du vivre-ensemble. Ça va toujours rester de l’expérimentation. Mais c’est un chemin qui en vaut la peine.

Ce qui compte et qui est porteur de sens (et qui fait réelement une différence), c’est le chemin, pas d’arriver à la destination.

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