Si tu rêves de fonder une belle écocommunauté pour vivre dans la joie et l’harmonie, sache qu’il existe des erreurs déjà bien connues qui mènent à un échec quasi certain.
Je n’ai pas moi-même fondé de collectif ; je n’en ai pas eu besoin, car j’ai grandi dans un écovillage et j’y vis encore aujourd’hui. Mais j’en ai vu d’autres tenter l’aventure, et j’ai vu beaucoup de projets s’effondrer pour les mêmes raisons.
Voici les pièges à éviter si tu veux que ton rêve survive à la réalité.
1. L’absence d’entente légale sur l’argent : le piège du « nouveau paradigme »
La première erreur, et sans doute la plus dévastatrice, est de ne pas avoir d’entente écrite et légale sur l’argent. Au début d’un projet, il y a une effervescence, une énergie incroyable qui nous fait rêver. La confiance règne, et on a le goût d’un monde sans argent. Dans cet état d’esprit un peu fabuleux, on investit ensemble sans rien signer, car on se dit qu’on est dans un nouveau paradigme où l’avarice humaine n’existera bientôt plus.
Mais après quelque temps, cette énergie merveilleuse s’estompe. On découvre un autre côté des gens avec qui on s’est engagé. La confiance se transforme en méfiance. Il y a des mésententes. Certaines personnes veulent quitter, et lorsqu’elles le font, elles veulent récupérer leur mise initiale, même si l’argent a été dépensé ou que le groupe a dû assumer des charges.
Pire encore : elles veulent parfois leur investissement plus l’inflation, ou la plus-value immobilière. Le capitalisme revient au galop, le conflit éclate, et tout finit devant les tribunaux. Bye-bye le monde meilleur. Tous les projets qui ont survécu te le diront : ça prend des ententes claires et légales pour investir de l’argent ensemble dès le premier jour. Les bonnes intentions ne durent pas toujours.
Inverstire de l’argent collectivement sans ententes écrites et légales est une erreur.
2. Vouloir être trop inclusif : le danger d’accepter tout le monde
On veut être inclusif, on veut aider. C’est noble. Mais accepter tout le monde sans filtre est une erreur qui peut coûter la vie au projet. On doit se réserver le droit de dire : « Désolé, ça ne fonctionne pas avec notre personnalité ou notre vision. »
Je me souviens d’un écovillage en Ontario. Un nouveau membre avait acheté une unité. Je lui ai demandé : « Pourquoi es-tu ici ? » Il m’a répondu candidement : « Je cherchais une propriété dans la région, c’était trop cher ailleurs, alors j’essaie la copropriété. »
Il n’était pas là pour la communauté, mais pour une opportunité de logement. Évidemment, ça a fini en conflit majeur. La personne a quitté, mais les tensions créées ont fait exploser le noyau : 80 % des membres sont partis. Le projet a survécu par miracle. La leçon ? La période d’adhésion doit être longue. Il faut apprendre à se connaître avant de s’engager pour de bon.
Accepter tout le monde sans acune contrainte de temps pour apprendre à bien se connaître avant de s’engager ensemble est une erreur.
3. Le piège du propriétaire unique
C’est un classique : quelqu’un veut faire avancer le projet, un terrain est disponible, alors il l’achète personnellement pour ne pas le perdre. Il se dit : « Je le fais pour la communauté, le nom sur le titre n’est qu’une formalité. »
C’est une erreur. La propriété légale concentre les responsabilités et, inévitablement, les pouvoirs. Une structure de pouvoir implicite s’installe. Les autres membres se sentent locataires et perdent leur motivation (« Pourquoi je travaillerais sur une terre qui ne m’appartient pas ? »), tandis que le propriétaire s’épuise à porter tout le risque légal et les responsabilités.
On vit encore dans un monde de propriété privée. Si on ne règle pas cette question d’entrée de jeu en optant pour une propriété collective (coopérative, OBNL, etc.), le déséquilibre finira, à long terme, par empoisonner les relations et les prises de décisions.
Un terrain ayant un propriétaire unique utilisé pour un groupe est une erreur pour en faire un projet collectif.
4. Prioriser la matière au détriment de l’humain
La plupart des groupes commencent dans le concret : acheter une terre, rénover des bâtiments, cultiver la terre. On construit le nouveau monde avec nos mains. Après 2, 5 ou 10 ans, on réalise que le plus dur n’est pas de bâtir une maison ou de cultiver des patates. C’est plutôt de prendre des décisions ensemble, pousser dans la même direction, maintenir l’harmonie et rester motivé(e) et engagé(e) sur le long terme.
On se rend compte que certaines personnes sont incapables de collaborer ensemble. On a beaucoup travaillé sur ce qu’on voit (la matière), mais très peu sur ce qu’on ne voit pas : les relations et les émotions.
Dans tous les projets collectifs, il y aura des réactions émotionnelles fortes et des conflits qui ne semblent pas raisonnables. Il faut, dès le départ, se demander : « Qu’est-ce qu’on va faire avec le facteur humain ? » Si on n’investit pas de temps dans le cheminement personnel et l’évolution émotionnelle, la matière ne suffira pas à nous tenir ensemble.
Ne réfléchir qu’aux terrain, bâtiments, légumes, sans prendre en considération la complexité de la nature humaine est une erreur. On surestime grandement notre capacité à consciemment modifier notre propre comportement et celui des autres.
5. S’établir trop loin des centres de population
J’ai suivi un collectif pendant 10 ans. Ils faisaient tout bien : processus d’intégration, visites et immersion dans d’autres communautés, processus de décision collective, etc. Pourtant, le projet a pris fin. Pourquoi ? Il y a eu des conflits, mais ce n’est pas le conflit qui les a tués, c’est le manque d’intérêt.
Ils s’étaient établis trop loin (à 10 h de route de des grands centres de population), loin de leurs familles et de leurs cercles sociaux. Ils ont été incapables de recruter de nouveaux membres pour remplacer ceux qui partaient. Un projet de vie collaboratif a besoin de « sang neuf » régulièrement. S’isoler géographiquement rend l’accueil de nouveaux membres beaucoup plus difficile.
Il faut dès le départ réfléchir à comment activement faciliter l’accueil des nouveaux. S’installer près des centre de population, à des endroits où plusieurs personnes seraient prêt à déménager. Faire rayonner le projet pour le faire connaître sur une base régulière.
S’isoler géographiquement ou socialement est une erreur.
6. L’absence de gouvernance explicite et de documentation écrite
N’avoir aucun modèle de gouvernance écrit est une autre erreur connue. Si on ne définit pas qui décide quoi, quand et comment, des structures implicites se créent. Les gens plus charismatiques, ceux qui parlent plus fort ou ceux qui gère moins bien leur émotions prennent plus de place que les autres. Ce qui n’est pas toujours mauvais, mais ce ne sont pas les bonnes personnes avec les bonnes compétences aux bonnes places.
Il ne s’agit pas forcément d’adopter la sociocratie ou le consensus pur, mais de décider de votre façon de fonctionner et de l’écrire. Sans cela, la mémoire oublie. Si on n’écrit pas sur quoi on s’entend à savoir quel rôle ou quel groupe peut prendre quelle décision collective sur quel sujet, c’est un flou qui va mener à plus de conflits. Des conflits plus destructeurs et plus fondamentaux qui ont une forte chance d’avoir raison du porjet de communauté intentionnelle.
Aussi, si on n’écrit pas la vision, la mission et les valeurs, il devient impossible de pousser tous dans la même direction. Si vous écrivez un livre sur ce que sera la communauté dans 10 ans, c’est encore mieux : plus c’est précis, plus vous attirerez les bonnes personnes.
N’avoir aucune entente écrite est une erreur. Beaucoup de groupe on prématurément pris fin à cause de ça.
7. Commencer avec un groupe fondateur trop gros
Si tu commences avec 20 ou 30 personnes, la cohésion est presque impossible. On s’éparpille. Pour lancer un projet, un groupe de 6 à 8 personnes est idéal.
On dit souvent : « Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin ». Dans les faits, ensemble, on va plus vite ET plus loins, mais ensemble, on décide beaucoup, beaucoup, beaucoup plus lentement. Moins on est nombreux au départ, plus on peut prendre les premières décisions cruciales rapidement pour faire décoller le projet. Une fois les bases solides, on peut s’ouvrir à plus de monde.
Groupe fondateur trop gros égale erreur.
Conclusion : L’humain, toujours l’humain
Fonder une écocommunauté est une aventure magnifique, mais exigeante. Si on ignore ces réalités (l’argent, la sélection des membres, la propriété, l’aspect émotionnel, la géographie, la gouvernance et la taille du groupe ) on se condamne souvent à répéter les erreurs du passé.
Le facteur humain sera toujours le plus grand défi. Mais si tu t’en occupes d’entrée de jeu avec transparence et structure, tu augmentes tes chances de voir ton rêve s’enraciner pour de bon.
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