J’ai changé d’avis sur la CNV pour vivre ensemble

La première fois que j’ai entendu parler de la CNV, j’ai acheté un livre, je l’ai lu. J’ai imaginé comment ça pourrait s’appliquer à l’échelle d’un écovillage de 100 habitants et j’ai cru que tout le monde devrait apprendre la démarche pour mieux vivre ensemble.

Je crois maintenant que j’avais tort. Aujourd’hui, je ne recommanderais pas de systématiser la communication consciente (CNV) pour les collectifs ou communautés intentionnelles.

La CNV n’est ni bonne ni mauvaise, mais il ne faut pas la voir comme une technique que tout le monde devrait apprendre, mais plutôt comme un choix personnel.

CNV, c’est quoi ? Et quel est le lien avec communautés intentionnelles

La Communication Non Violente, CNV, ou communication consciente, est un processus de dialogue fondé sur l’empathie et le respect mutuel, créé dans les années 1960 par le psychologue Marshall Rosenberg.

C’est, entre autres, une méthode de communication qui repose sur quatre étapes : observer sans juger, exprimer ses sentiments, identifier ses besoins et formuler une demande claire.

En favorisant une écoute profonde de soi et des autres, la CNV permet de mieux se comprendre et de construire des relations authentiques, bienveillantes et durables.

Depuis une vingtaine d’années, les écovillages, habitats participatifs (cohabitat) et écohameaux en tout genre sont très attirés par cette méthode de communication parce qu’elle promet de bonnes relations entre les gens.

Je ne me souviens plus exactement la première fois que j’en ai entendu parler. C’est peut-être la première fois que je suis allé à Whole Village ? Peut-être. Je sais plus.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la CNV est rendue presque synonyme de vivre ensemble. Chaque fois qu’un nouveau projet de collectif démarre, la CNV est présente. Tous les livres au sujet de communautés intentionnelles en parlent. C’est presque indissociable à ce point-ci.

Plusieurs habitats participatifs offrent des formations de CNV à leurs membres. Parfois, c’est carrément écrit dans les ententes qu’on doit prendre un cours pour devenir membre.

Mon histoire avec la CNV

Moi, j’avais acheté un petit livre. Je le trouvais intéressant. Je trouvais que la méthode appliquée à l’échelle de la communauté pouvait avoir un gros impact.

Je voulais commencer par faire une formation pour mon comité de travail. J’avais trouvé une formatrice en communication consciente dans la ville la plus proche. Je l’avais contactée pour avoir un prix et j’avais fait la proposition au comité. On n’est jamais allé de l’avant finalement.

Quelques années plus tard, tout l’écovillage a engagé un formateur pour enseigner une fin de semaine d’introduction à tous les résidents. J’ai déjà participé à quelques formations ou groupes de pratique en ligne.

Mais on n’est jamais allé plus loin. L’écovillage dans lequel j’habite n’a jamais adopté la CNV.

Moi, j’aurais bien aimé qu’on essaie plus de systématiser son application, que tout le monde sépare les jugements des faits, que tout le monde nomme ses émotions, que tout le monde identifie ses besoins…

À un certain point, j’en parlais avec une autre résidente de l’écovillage et elle me dit : « Ah non, moi je ne serais pas capable de parler comme ça. Moi, je parle avec mon cœur. »

Elle disait essentiellement que la méthode était trop intellectuelle et qu’elle ne souhaitait pas, même ne pouvait pas, changer sa façon de parler. Elle préférait rester authentique.

Moi, je me disais qu’elle pourrait quand même faire un effort et je restais convaincu que ça serait bien que tout le monde adhère à cette méthode de communication.

Sans appliquer tous les trucs de la CNV, dans des situations conflictuelles, je me demandais quel est mon besoin ou quels sont les faits ou quelle émotion est-ce que je ressens… et je trouvais ça… et je trouve encore ça aidant aujourd’hui.

Moi, je sais que, pour moi, ça m’aide à déconstruire certains jugements ou raccourcis intellectuels et à avoir plus d’empathie pour l’autre en le rejoignant dans son point de vue.

Changement de point de vue

Quelques années plus tard, j’ai eu plusieurs sons de cloche d’écovillages, collectifs et communautés intentionnelles qui ont soit eu de gros conflits, ou qui se sont éteints, et que la CNV n’avait pas vraiment aidé, et même nui à tout ça.

Si bien que j’ai vraiment changé de position à ce sujet et maintenant je crois toujours que c’est un bon outil utile pour vivre ensemble, mais je ne crois plus du tout que ça serait important que tout le monde l’apprenne, même le contraire.

Un texte écrit par Damien Douté explique vraiment bien le phénomène de la CNV dans les communautés intentionnelles : quand ça devient nuisible plutôt qu’utile. Ce texte est vraiment bien écrit, concis, et dit tout ce qu’il y a à dire à ce sujet.

Tout est là. Tout est dit.

Ça résume vraiment bien tous les sons de cloche que j’avais entendus dans au moins quatre situations de différents collectifs qui implique un lieu de vie.

Alors, après ça, est-ce que les communautés intentionnelles devraient s’intéresser à la CNV ?
Oui.

Est-ce qu’elles devraient offrir des formations de CNV à leurs membres ?
Oui.

Est-ce que cette formation devrait être un prérequis pour vivre dans la communauté ?
Peut-être une introduction à la CNV. Peut-être pas toute la formation.

Est-ce que, si j’ai une tension avec quelqu’un, je devrais lui reprocher de ne pas utiliser le langage CNV avec moi ?
Non.

Et c’est là que ça devient vraiment malsain… et nuisible au vivre-ensemble, plutôt qu’utile.

En gros

Avec les années, à force d’observer les expérimentations d’autres communautés, j’ai changé mon point de vue. J’ai changé ma croyance par rapport à la CNV.

Avant, je trouvais que c’était une bonne chose que tout le monde soit formé à la communication bienveillante.

Aujourd’hui, je crois que c’est important de laisser le choix à chacun.

Chacun devrait décider pour lui-même s’il a envie, ou non, d’apprendre la CNV.

Et chacun devrait décider si elle ou il veut s’exprimer en lengage CNV… ou non.


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