Il y a environ deux ans, une personne m’a contacté pour me demander ce que je pensais d’un projet de coliving à Trois-Rivières appelé Fleuve Cité.
Cette personne voulait découvrir la vie en communauté, et elle voyait ce projet d’habitat collectif comme une façon d’y goûter un peu.
D’entrée de jeu, je lui avais répondu que, selon moi, le coliving n’est pas une forme de communauté intentionnelle.
Mais dans cet article, je veux aller plus loin : expliquer pourquoi je crois qu’il y a une vraie différence entre ces deux formes d’habitat, même si elles se ressemblent parfois beaucoup.
Qu’est-ce que Fleuve Cité ?
Je me suis d’abord intéressé au site web de Fleuve Cité pour comprendre le projet.
« Payez moins, profitez plus. Découvrez le coliving. Louez un studio meublé, chauffé et éclairé à partir de 725 dollars, en périphérie de Trois-Rivières. »
Le site décrit des espaces communs de qualité, un internet inclus, une surveillance 24 h sur 24, et des studios décorés avec soin.
On y promet une “communauté vibrante”, des “événements exclusifs” et une “vie sociale enrichissante”.
Le concept est présenté comme un mode de vie novateur, à mi-chemin entre l’hôtel et la colocation, “orienté vers le confort et la détente”.
On mentionne aussi une serre quatre saisons pour une certaine autonomie alimentaire et une attention particulière à la lutte contre les changements climatiques.
Sur papier, tout ça semble séduisant.
Mais en creusant un peu, on comprend que Fleuve Cité n’a pas été fondé par un groupe d’habitants, mais par un promoteur immobilier. C’est une entreprise qui loue des espaces à des locataires — pas une communauté auto-organisée.
Les neuf critères d’une communauté intentionnelle
J’ai grandi dans une communauté intentionnelle d’environ cent personnes et j’y ai passé plus de la moitié de ma vie.
Avec le temps, j’ai développé neuf critères pour évaluer si un lieu collectif peut vraiment être considéré comme une communauté intentionnelle.
Voyons comment Fleuve Cité se mesure à ces critères.
1. Y a-t-il une communauté humaine ?
Oui, au sens large. Il y a plusieurs personnes qui habitent dans les bâtiments, un peu comme un voisinage.
Mais “communauté” ici signifie seulement des gens vivant au même endroit, pas une organisation humaine structurée autour d’un projet commun.
2. Est-ce que le lieu a été co-créé ?
Non. Le projet a été conçu et financé par un promoteur.
Les habitants n’ont pas participé à la création du lieu, ni à sa vision initiale.
3. Est-ce que le lieu est cogéré ?
Non plus.
À Fleuve Cité, il y a une direction, un gestionnaire, peut-être une équipe d’entretien. Ce ne sont pas les résidents qui décident des règles de vie ou de la gestion des espaces.
Dans les communautés intentionnelles, la cogestion est un principe fondamental : les habitants décident ensemble du fonctionnement du lieu.
4. Y a-t-il une intention commune ?
Je n’ai rien trouvé sur le site à ce sujet.
Dans une communauté intentionnelle, on trouve toujours une mission, une vision ou une raison d’être claire, que ce soit spirituelle, écologique, sociale ou éducative.
Ici, l’intention semble principalement commerciale : offrir un cadre de vie agréable et écologique, mais sans objectif collectif explicite.
5. Y a-t-il un partage de ressources ?
Oui, partiellement.
Les résidents partagent certains espaces : cuisine commune, serre, salle de yoga, salle numérique, salle à manger, etc.
Mais le partage s’arrête là : ce n’est pas un partage de ressources de vie (comme la nourriture, les outils, les véhicules ou le jardinage collectif), mais plutôt un partage d’infrastructures.
6. Y a-t-il des repas ou des fêtes communes ?
Probablement pas.
Les repas partagés sont un pilier des communautés intentionnelles. On se réunit, on cuisine, on mange ensemble.
À Fleuve Cité, rien n’indique que ce genre de rituel existe. Il n’y a pas de repas collectifs réguliers ni de célébrations communautaires.
7. Les habitants partagent-ils les tâches et corvées ?
Non.
Le ménage, l’entretien et le jardinage sont probablement faits par des employés.
Dans une communauté intentionnelle, ces tâches sont réalisées par les membres eux-mêmes, ce qui crée du lien et un sentiment de responsabilité commune.
8. Les décisions sont-elles prises ensemble ?
Encore une fois, non.
Les décisions viennent du propriétaire ou du gestionnaire, pas des résidents.
La gouvernance participative, centrale dans les communautés intentionnelles, n’existe pas ici.
9. Y a-t-il un processus d’entrée et de sortie ?
À Fleuve Cité, il semble que la seule condition d’entrée soit de payer son loyer.
Dans une communauté intentionnelle, l’accueil d’un nouveau membre est un processus réfléchi : on prend le temps de se connaître avant de s’engager.
Et la sortie aussi se fait souvent avec une transition, pour garder l’équilibre du groupe.
Résultat : 3 sur 9
Fleuve Cité coche à peine trois critères sur neuf :
- des habitants qui cohabitent,
- un certain partage d’espaces,
- et un objectif écologique affiché.
Mais il lui manque la majorité de ce qui fait la richesse d’une communauté intentionnelle : la co-création, la cogestion, la vie collective et la vision partagée.
Coliving et communauté : deux mondes différents
Alors oui, vivre en coliving peut être écologique.
C’est un mode de vie plus compact, qui favorise la mutualisation des espaces. Mais ça reste un modèle locatif et centralisé, où les habitants sont surtout des consommateurs d’un service de vie collective.
À l’inverse, les communautés intentionnelles sont auto-organisées : elles demandent de la participation, du dialogue, parfois des tensions et des remises en question.
Mais ce sont ces défis du vivre ensemble qui nous font grandir.
C’est là qu’on apprend la coopération, la résilience, et qu’on développe une vraie culture de collaboration — celle dont on aura besoin pour relever nos défis sociaux et environnementaux.
En conclusion
Le coliving, c’est un peu comme tous les avantages du vivre ensemble, sans les défis.
Mais ce sont justement ces défis qui nous transforment et qui rendent la vie collective si précieuse.
Alors, est-ce que Fleuve Cité est une communauté intentionnelle ?
Non.
Mais c’est peut-être une porte d’entrée vers ce type d’expérience — un premier pas vers un mode de vie plus conscient, plus collectif, et peut-être un jour… plus intentionnel.
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