Deux différences fondamentales entre un écovillage et un habitat participatif

L’habitat participatif et l’écovillage sont deux milieux de vie collaboratifs dans lesquels on retrouve des pratiques écologiques et sociales novatrices : partage d’espaces et de ressources, construction écologique, groupes d’achat, corvées collectives, repas communs et prise de décision collaborative.

Il y a cependant quelques différences. Par exemple :

L’écovillage se retrouve plus souvent en milieu rural, alors que l’habitat participatif se situe davantage en milieu urbain.

L’écovillage, justement parce qu’il est en campagne, est plus orienté vers l’agriculture et la résilience alimentaire, tandis que l’habitat participatif aura plutôt un potager partagé, souvent plus modeste.

L’écovillage est composé de plusieurs maisons, alors que l’habitat participatif se présente souvent comme un seul bâtiment divisé en plusieurs unités.

L’habitat participatif est mieux structuré légalement, avec des formes juridiques bien définies, alors que du côté légal, l’écovillage est plus expérimental, plus « folklorique », et essaie différentes structures… pas toujours bien établies.

Ces quatre différences que je viens de nommer sont plutôt générales. La plupart du temps, c’est vrai, mais pas tout le temps.

Maintenant, je vais nommer deux différences fondamentales qui s’appliquent, je ne veux pas dire toujours, mais dans 99 % des cas.

La première : tous les écovillages ont un volet culturel ou spirituel qu’on ne retrouve pas dans l’habitat participatif. L’écovillage cherche à développer des croyances, des rituels, des façons de voir la vie propres à ce lieu.

Ça ne veut pas dire qu’il existe des croyances spirituelles totalitaires auxquelles tous les habitants doivent adhérer. Les individus restent libres et responsables de leur propre spiritualité, mais certaines visions de la vie seront plus populaires que d’autres.

Et surtout, il y a une volonté consciente d’expérimenter la construction de croyances pour tenter de faire évoluer l’humain et faciliter le vivre-ensemble.

Concrètement, tous les écovillages ont un lieu dédié à la spiritualité : une grotte creusée dans la montagne à Damanhur, un stone circle à Tamera, le Universal Hall à Findhorn, ou le Matrimandir à Auroville.

Je ne dis pas qu’il n’existe aucun habitat participatif partageant des croyances spirituelles, mais je n’en ai jamais vu. C’est quelque chose de vraiment plus fort et unique au mouvement des écovillages.

La deuxième différence fondamentale est que l’écovillage est à la fois un lieu de vie ET un lieu de travail, tandis que l’habitat participatif est seulement un lieu de vie. Le travail de ses habitants se fait à l’extérieur et reste complètement indépendant de ce qui se passe dans le cohabitat.

Dans un écovillage, il existe des activités économiques qui génèrent des revenus. Des gens y travaillent sur place. Des entreprises y sont gérées par les habitants eux-mêmes, avec des modes de gouvernance alternatifs.

Pour plusieurs écovillages, cela se traduit par des activités touristiques liées au lieu : visites guidées, événements ou formations sur place. Mais cela peut aussi être des entreprises de toutes sortes.

Pendant plusieurs années, à La Cité Écologique, on a confectionné des vêtements, vendu des produits alimentaires bio et des légumes. En ce moment, la principale entreprise du lieu se consacre à l’importation et à la distribution d’objets « new age ».

Dans ce contexte, cela signifie que les personnes avec qui tu travailles sont aussi celles avec qui tu habites. Ce qui peut apporter une intensité supplémentaire au vivre-ensemble.

Pour toutes ces différences, générales et fondamentales, l’écovillage et l’habitat participatif restent deux types de lieux de vie collaboratifs distincts.

Ceci étant dit, je crois profondément qu’il y a suffisamment de ressemblances pour qu’on réseaute, qu’on échange des pratiques, qu’on s’intéresse les uns aux autres et qu’on s’associe sous le terme de communauté intentionnelle. Ou collectif intentionnel, si tu ne veux pas utiliser le mot communauté.


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