Quand on a jamais vécu en collectif, on s’imagine toutes sortes de choses qui sont plus ou moins exactes sur ce mode de vie. Aujourd’hui, je te parle de 9 idées reçues sur la vie en communauté.
J’ai passé 20 ans de ma vie dans un écovillage intergénérationnel de plus de 100 habitants situé au Québec. Et j’ai aussi passé 17 ans à vivre en banlieue de la ville de Québec dans un mode de vie « mainstream ».
Je comprends bien les deux points de vue d’une vie collective et d’une vie individuelle. Dans cet article, je vais tenter de démystifier certains mythes et idées reçues sur la vie en collectif.
Juste pour être sûr qu’on se comprend bien, quand je parle de vie en collectif, je veux dire habitat participatif/cohabitat, écovillage, oasis de vie, écohameau, communauté intentionnelle. Certaines collocations peuvent aussi avoir un niveau de partage assez élevé pour être dans la même catégorie.
1. « La vie en collectif est moins stressante »
Beaucoup imaginent qu’en quittant la ville pour un écovillage, ils échapperont au stress : moins de circulation, moins de bruit, plus de nature… Et c’est vrai, en partie. Mais ce que l’on oublie, c’est que le stress change simplement d’adresse.
Dans un mode de vie individuel, on est maître de son quotidien. En collectif, le stress se déplace vers les relations humaines : collaborations, décisions partagées, gestion des conflits, communication imparfaite…
La vie collective apporte une intensité relationnelle qui surprend souvent. Ce n’est ni plus stressant ni moins stressant : c’est un stress d’une autre nature.
2. « Vivre en écovillage, c’est vivre sans confort moderne »
Cette image revient sans cesse : les écovillages seraient des lieux coupés du monde, fonctionnant à la main comme en 1930, un peu à la manière des Amish.
La réalité ? La plupart utilisent Internet haute vitesse, des logiciels comptables, des téléphones intelligents, l’hydroélectricité, et des maisons tout à fait modernes.
Certains projets visent un haut niveau d’autonomie énergétique ou alimentaire, mais presque aucun n’atteint 100 % d’autosuffisance.
Quelques communautés très marginales vivent « off grid » complet, mais elles sont rares et difficiles d’accès. La grande majorité adopte un mode de vie moderne, simplement plus cohérent écologiquement.
3. « En écovillage, tout le monde est égal »
Le fantasme de l’égalité parfaite est très répandu. On s’imagine que tout le monde aura le même pouvoir décisionnel, les mêmes responsabilités, les mêmes efforts à fournir, et les mêmes récompenses.
Mais dans la réalité, les humains sont différents : bagages émotionnels variés, compétences inégales, capacités physiques et mentales distinctes.
Les communautés tentent souvent d’être équitable, pas égalitaires.
Ce modèle fonctionne mieux, mais il crée un autre phénomène : ceux qui ont plus de compétences ou de motivation finissent souvent par porter davantage de charges. Une sorte « d’exploitation inversée », où les plus capables en donnent plus que les autres, ce qui peut mener à l’épuisement.
L’équité n’est pas l’égalité, et il est important d’accepter cette nuance dès le départ.
4. « Une communauté, c’est sale comme une commune hippie »
Ce cliché colle à la peau depuis les années 60 : nudité, drogue, t-shirts Peace & Love… Pourtant, les communautés intentionnelles modernes n’ont rien à voir avec l’imagerie hippie.
Le mot « commune » n’est plus utilisé dans les communautés francophones depuis quarante ans, sauf dans de rares contextes anglophones à partage de revenus.
Les écovillages d’aujourd’hui sont ordonnés, structurés, modernes, souvent très professionnels. Continuer à les associer à la contre-culture des années 70 n’a aucun sens. Ce sont des projets d’habitat innovants, bien loin des clichés.
5. « Tout le monde s’entend toujours bien »
Il n’y a jamais eu de société humaine sans conflit, et les communautés intentionnelles n’échappent pas à cette règle.
Les organisations collaboratives, sans hiérarchie rigide, ouvrent la porte à une grande variété d’expressions émotionnelles. Sans structure d’autorité pour canaliser les tensions, les désaccords s’expriment plus librement… parfois trop librement.
Un conflit, c’est un désaccord + une charge émotionnelle.
En communauté, les deux sont souvent plus intenses.
Ajoutons à cela les divergences idéologiques, les visions différentes pour l’avenir, et la fatigue de vivre très proches les uns des autres : il est normal que les relations soient parfois complexes.
6. « Construire le lieu et atteindre l’autosuffisance, c’est le plus grand défi »
On pense souvent que les défis principaux sont : le financement, le zonage, l’autonomie énergétique ou alimentaire. Ce sont effectivement des défis importants… mais pas les plus grands.
Le plus grand défi est humain.
Comment prendre des décisions ensemble ?
Qui décide quoi ?
Comment gérer les émotions, les déceptions, les idéaux brisés ?
Comment maintenir la motivation sur des décennies ?
La vie en collectif exige un développement personnel constant. Le facteur humain est la partie la plus imprévisible, complexe et exigeante de la vie en communauté.
7. « Tous les habitants partagent la même croyance spirituelle »
Plusieurs associent les écovillages à une spiritualité unique, voire à une croyance dogmatique. En réalité, même si certains lieux ont une ambiance spirituelle plus forte, la diversité est la norme.
Un écovillage n’impose pas une croyance totale. Les membres développent leur propre parcours spirituel, parfois proche, parfois très éloigné des autres.
Certaines visions sont plus populaires, mais aucune n’est obligatoire.
8. « Il existe une méthode garantie pour réussir une communauté »
Personne ne détient la « recette magique ».
Il existe bien des pièges connus à éviter, des bonnes pratiques, des modèles inspirants… mais aucune démarche ne garantit la réussite.
Chaque communauté est une expérimentation vivante, pleine de surprises, de détours, de crises et de renaissances. C’est un processus organique, pas une science exacte.
9. « La vie collective est un rêve utopique impossible »
Oui, parfois on se dit que vivre ensemble est presque impossible. Et pourtant… de nombreues communautés intentionnelles existent depuis cinquante ou soixante ans : Findhorn, Twin Oaks, et bien d’autres.
Ils sont peu nombreux, mais ils prouvent que c’est faisable.
Même lorsqu’une communauté se termine après dix ou quinze ans, ce n’est pas un échec : l’expérience vécue transforme profondément ceux qui y ont participé.
La réussite n’est pas seulement la durée : c’est ce que l’on apprend à travers l’expérience.
Laisser un commentaire