Selon HPF, « L’habitat participatif combine logements individuels et espaces communs. Il permet à des groupes de personnes de concevoir, créer et gérer leur habitat ensemble. »
On y mutualise souvent buanderie, potager, cuisine, salle polyvalente, chambre d’amis, atelier, espace enfants, cour commune…
« Habitat participatif » a été choisi en 2010 comme terme générique puis entériné par la loi ALUR du 24 mars 2014.
Il s’agit du même concept de « cohousing » au États-Unis ou de « bofællesskab» originellement en provenance du Danemark.
D’après Village Urbain, le Cohabitat est « conçu par et pour la communauté, il concilie vie individuelle, où chacun habite son logement privé, et vie commune, où l’on partage espaces, ressources et activités. »
On y partage des espaces comme une salle de lavage, une cuisine, une salle à manger, un jardin potager, un espace de jeu, un espace de travail…
C’est en 2005, que le groupe fondateur de Cohabitat Québec propose l’expression « cohabitat » en guise de traduction française de « cohousing » lui-même traduit du mot danois « bofællesskab » qui signifie communauté de résidence
Tu auras compris que « cohabitat » et « habitat participatif » sont deux appellations qui renvoient exactement au même concept.
Dans cette vidéo, je veux explorer l’origine de ces deux termes, évaluer où en sont rendu les deux mouvements au Québec et en France et nous demander pourquoi on utiliserait pas les mêmes mots.
Le Cohousing
Le cohousing est actuellement la forme la plus populaire et accessible de communauté intentionnelle qui synthétise la majorité des élans de vie collective du 21e siècle. Il peut être urbain, périurbain ou rural. Les espaces, les dépenses et les propriétés privés versus collectifs sont bien définies. Il ne demande pas la complète remise en question des valeurs capitalistes comme le ferait une communauté à partage de revenu.
Bref, c’est la forme idéale la plus facilement adaptable pour passer de la famille nucléaire traditionnelle au vivre-ensemble. Nous n’irons pas en détail du concept, pour cela tu pourras trouver en ligne d’autres vidéos. Ici, on s’intéresse surtout à l’origine des mots qu’on utilise pour s’y référer en français.
Pourquoi utilise-t-on deux expressions différentes ?
Tout comme certains titres du même film sont différents au Québec et en France, ces deux termes « habitat participatif » et « cohabitat » veulent dire la même chose. C’est juste un exemple de vocabulaire qui se développe différemment dans deux cultures différentes géographiquement éloignées qui partagent la même langue.
Le Cohabitat au Québec
C’est en 2003 qu’un québécois nommé Michel Desgagnés commence des démarches pour créer un milieu de vie communautaire dans la ville de Québec. Il commence par faire un voyage sur la côte est des États-Unis pour étudier des exemples de communauté existante.
C’est durant ce voyage qu’il choisit le concept de cohousing pour son projet. Avec un petit groupe de fondateurs, ils mettent en place le premier cohabitat du Québec dont le nom est « Cohabitat Québec ». Il sera construit et habité 10 ans plus tard, en 2013.
Comme il n’y avait pas de mot pour désigner un cohousing en français, c’est ce groupe qui invente le mot « cohabitat ». Michel Desgagnés publie un texte le 17 juillet 2005 pour expliquer le concept du cohousing et on peut lire en note de bas de page « Notre groupe a proposé le terme « cohabitat » en guise de traduction française de « cohousing ». »
Durant les mêmes années, le terme « cohabitat » a été plus largement diffusé parce qu’après avoir rencontré Diana Leafe Christian à Eartheaven, c’est le même Michel Desgagnés qui initie la traduction du livre « Creating A Life Together » que tu connais probablement sous le nom « Vivre Autrement ».
Le mot « cohabitat » est utilisé dans le titre du livre, on le voit sur la couverture de chaque édition.
L’Habitat Participatif en France
Je tiens à signaler que je ne connais pas grand chose sur le mouvement de l’habitat participatif en France et que je me base sur ce que j’ai pu lire sur habitatparticipatif-france.fr et dans le livre « Les clés de l’habitat participatif » de Audrey Gicquel. texte dans la vidéo
Après avoir été oublié durant plusieurs années, l’idée de l’habitat participatif renaît en France après la crise du logement des années 2000. Plusieurs mouvements locaux et régionaux naissent jusqu’à ce que, lors du premier rassemblement national en 2010, le terme « habitat participatif » soit choisi pour éliminer le flou entre « habitat groupé », « habitat coopératif » ou « habitat partagé » qui renvoient tous au même concept, avec parfois quelques nuances.
De ces rencontres nationales naît une association nationale : la « coordin’action des associations de l’habitat participatif ».
Suite au travail de la coordin’action, le terme « habitat participatif » devient reconnu par la loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové en 2014 et deux statuts juridiques y sont dédiés.
Après une baisse d’énergie en 2018, la coordin’action devient Habitat Participatif France.
Deux mouvements
Ce qui est bien important de comprendre, c’est qu’après avoir abouti en 2013, Cohabitat Québec a été le seul projet de cohousing de toute la province de Québec jusqu’ à ce que Cohabitat Neuville aboutisse en 2022, neuf ans plus tard.
Il existe environ une demi douzaine de projets en développement dont « Un Village à Lachine » et « L’Oasis Cartier » développés professionnellement par l’organisme Village Urbain en collaboration avec les futurs cohabitants, mais, en ce moment, en 2024… bientôt 2025. Il n’y a que deux projets de cohabitat qui sont établis et habités.
À l’opposé, en ne comptant que les projets urbains et aboutis, la France a plus d’une certaine d’habitats participatifs qui sont établis et habités. Certes la France compte plus d’habitants, mais seulement 7 fois plus qu’au Québec alors que j’estime qu’il y a facilement 50 à 100 fois plus de cohousing.
Les rassemblements annuels d’Habitat Participatif France comptent plusieurs centaines de participants. Il y a plusieurs professionnels qui accompagnent les projets pour les aider à démarrer et il existe des statuts juridiques dédiés à l’habitat participatif.
Je ne pense pas qu’il serait déplacé de dire que le mouvement Français est plus organisé et avancé et que le Québec pourrait se baser sur celui-ci pour construire le sien.
J’ai l’impression qu’en termes de crise du logement, ça fait depuis les années 2000 que la France vit ce qui ce se passe en ce moment au Québec et que ça a favoriser l’émergence de l’habitat participatif. On pourrait donc anticiper une hausse d’intérêt pour le cohabitat et un mouvement grandissant pour les prochaines années au Québec.
Aussi, on peut s’attendre à ce qu’il y ait 4 ou 5 cohabitats établis au Québec avant 2030 grâce au bon travail de l’organisme Village Urbain fondé en 2020 dont la mission est de développer et promouvoir le cohabitat au Québec. Les unités du projet « Un Village à Lachine » sont presque toutes vendues et pourraient passer en construction sous peu.
Quel terme utiliser ?
Est-ce qu’on devrait utiliser un seul terme pour identifier le cohousing en français ?
C’est certain que si on devait absolument choisir l’un des deux, « habitat participatif » est mieux implanté dans son pays, mais je vois bien qu’on s’aligne pour pousser sur le terme « cohabitat » au Québec.
On pourrait tout de même, d’un côté comme de l’autre, utiliser le deuxième terme en tant que synonyme si ce n’est que pour se rappeler que c’est la même chose et qu’on pourrait s’inspirer mutuellement des organisations et des ressources des deux mouvements.
Conclusion
C’est tout pour cette texte. N’hésite pas à la partager avec un ami ou commenter si tu as aimé.
Je te laisse en te mentionnant qu’il y a un petit trucs qui m’a chicoté en lisant le site web d’Habitat Participatif France :
« L’appellation « habitat participatif » est par ailleurs un terme fédérateur qui peut regrouper une diversité de formes d’habitats partagés tant que la dimension participative y est adoptée : l’habitat inclusif, l’habitat groupé, les coopératives d’habitants, les écovillages, éco-lieux et autres…»
Je ne sais pas exactement si ça voudrait dire que, selon HPF, l’écovillage est une forme d’habitat participatif, mais pour moi, il y a des différences marquantes entre écovillage et habitats participatifs surtout en termes de volet économique et volet spirituel.
L’habitat participatif et l’écovillage se ressemblent à bien des égards, surtout en termes de milieu de vie collaboratif, social et écologique, mais l’un n’est pas une sous forme de l’autre. Je ferai peut-être une autre vidéo dans le futur pour parler de la différence entre les deux concepts.
Sur ce je vous dis : à la prochaine les amis
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