Qu’est-ce qu’une communauté intentionnelle ?

T’a peut-être déjà vu ou entendu l’expression communauté intentionnelle en te disant : Wtf… c’est quoi ce truc ? T’a peut-être une vague idée, une image floue sans comprendre l’étendue de ce que ça veut dire.

Le terme « communauté intentionnelle » vient des États-Unis et aurait été utilisé pour la première fois en 1948. Tous les collectifs suivants sont des communautés intentionnelles :

  • Éco-communauté
  • Cohabitat
  • Habitat participatif
  • Écovillage
  • Écohameau
  • Écolieu
  • Oasis de vie
  • Commune
  • Certaines éco-collocations
Regarde plutôt cette vidéo si t’a pas envie de lire (8:42)

peut-on lire dans Loger à la même adresse, un essai sur ce genre de groupe. C’est une traduction de la définition du FIC (Foundation for Intentional Communities).

Dans Vivre autrement : écovillages, communautés et cohabitats, un autre ouvrage clé sur le sujet, Diana Leafe Christian définit ces groupes de la façon suivante :

« …un groupe de personnes qui choisissent de vivre ensemble… pour pratiquer un style de vie commun ou travailler à atteindre des buts partagés. »

C’est difficile d’imaginer quelque chose de précis avec ces définitions et chaque communauté est très différente des autres car son intention est unique. Je te propose plutôt huit choses concrètes que toutes les communautés intentionnelles font pour te faire une idée.

1. Groupe de personnes

Ça sembler aller de soi, mais il faut être plusieurs humains ensembles pour se proclamer « communauté » ou « collectif » ? Je ne peux pas être seul dans mon écovillage ou mon habitat participatif (cohabitat). La question légitime qui peut se poser est la suivante : une famille du même foyer de cinq personnes, deux parents et trois enfants, est-elle une communauté intentionnelle ? Non, c’est une famille nucléaire traditionnelle. On va commencer à parler de communauté intentionnelle lorsque plus d’un noyau familial décide de vivre ensemble. Des gens qui n’ont pas de lien de sang, issue de différentes familles et qui ne sont pas non plus conjoints.

2. Un seul lieu

Certains groupes d’intérêt se connectent virtuellement et habitent physiquement différents lieux à travers le monde. Dans le cas d’une communauté intentionnelle, l’habitat de vie de ses membres se traduit en un seul et même lieu physique. Près les uns des autres. Près comment ? Assez près pour se rencontrer plusieurs fois par semaine, souvent sur un même terrain ou dans un même immeuble.

3. Intention commune

Lorsqu’il choisit d’habiter ce lieu, le groupe a une intention, une raison d’être. Ma raison principale d’habiter cet endroit n’est pas le marché immobilier, un nouveau travail ou la proximité des services. Mes voisins ne sont pas là par défaut. C’est plutôt l’intention commune du groupe qui va guider mon choix à m’établir ou non à cet endroit. D’où le nom « communauté intentionnelle ». Cette intention peut être très diversifiée d’un groupe à l’autre : éducation alternative, idéal d’égalité sociale, autosuffisance alimentaire, bien vieillir ensemble, trouver des solutions à la crise climatique, etc.

Comme une entreprise, cette raison d’être se concrétise sous forme d’un énoncé de vision-mission-valeurs qui guide les décisions du groupe et les aident à pousser dans la même direction.

4. Partage de ressources

C’est tout naturel pour les cohabitants de mutualiser des ressources. À la base, le groupe partage toujours la propriété de la terre sur laquelle il habite (ou de l’immeuble), sauf s’il loue. Que ce soit des espaces (salle à manger, cuisine collective, jardins potagers, salle de lavage, atelier de bricolage, salle de jeu, chambre d’invité), des outils (tondeuse, scie, marteau, laveuse, balayeuse, etc.), de la nourriture ou même des voitures, c’est un généralement gain économique et écologique, car la consommation est réduite. On augmente la qualité de vie tout en réduisant l’impact sur la planète.

Différentes communautés intentionnelles auront différents niveaux de partage de ressources. Au minimum, il y aura des habitations privées sur un terrain en propriété collective. Ce n’est pas toutes les communautés intentionnelles qui partagent des autos, l’achat de la nourriture ou bien des espaces généralement considérés comme privés (chambre, salle de bain, cuisine privée). Le choix des ressources partagées est propre à chaque groupe. Au maximum, il peut y avoir des collectifs qui partagent l’entièreté de leurs revenus et presque toutes les dépenses sont payées par un budget collectif. On peut penser à Twin Oaks par exemple, une communauté intentionnelle à partage de revenue d’une centaine de personnes située aux États-Unis.

5. Manger ensemble

Toutes les formes de communautés intentionnelles ont un volet social fort qui se traduit souvent par des repas communs réguliers. En général, au moins une fois par semaine, les membres se rassemblent pour manger ensemble. Des petites équipes du collectif s’alternent à la charge de cuisiner le repas. Ça peut aller jusqu’à partager les dîner et souper cinq ou six fois par semaine. Des célébrations en tout genre feront aussi partie de la routine. Tout ça crée des liens essentiels à la pérennité du collectif. On dit même que plus un groupe mange ensemble souvent, plus il est en santé au niveau du vivre-ensemble.

6. Corvée collective

Que ce soit pour faire du ménage, préparer des repas, planter ou récolter des légumes, transformer des aliments, contribuer à des chantiers de construction, se rassembler en groupe pour accomplir des tâches laborieuses est un must. Toutes les communautés intentionnelles le font. Différents noms sont utilisés pour identifier ce concept : « une joyeuse corvée », « un bee » (tiré de l’anglais work bees, un groupe de volontaire qui accompli une tâche pour la charité), « corvée collective » ou autre.

C’est comme du bénévolat de masse spontané. Et non seulement ont accompli des tâches rapidement, mais ça développe du lien entre les individus. T’a déjà planté 18 lits d’oignons à trois personnes ? C’est beaucoup plus vite et agréable, à 40 personnes.

7. Gouvernance horizontale

Ayant souvent un idéal de distribution du pouvoir égalitaire, les communautés intentionnelles s’autogèrent pour prendre leurs décisions ensemble avec l’intention que tout le monde puisse s’exprimer. Cela se traduit par des systèmes de gouvernance non hiérarchiques, horizontale au lieu de verticale. Dans le concret, ce sont des cercles sociocratiques ou une plénière à laquelle tout le monde peut participer. Les décisions sont prises par consensus (tout le monde dit oui) ou consentement (personne ne dit non).

Ces systèmes visent à faire participer tout le monde et contrastent avec ce à quoi on est habitué en politique ou en gestion d’entreprise. Ça peut donner lieu à plusieurs heures de rencontre pas toujours efficaces.

8. Joindre et quitter

Toutes les communautés intentionnelles développent un processus que doit suivre une personne désireuse de joindre. Celui-ci ne sert pas à faire du recrutement pour accueillir le plus de gens possible. Au contraire, c’est un filtre pour s’assurer de ne pas accueillir une personne problématique qui pourrait compromettre la dynamique du groupe entier. Ce processus est progressif et s’étale dans le temps pour permettre au groupe et à la nouvelle personne de bien apprendre à se connaître avant de s’engager ensemble.

Il devrait aussi être facile de quitter la communauté. Si ça ne l’est pas, quelque chose cloche dans le processus d’intégration, la structure légale, la gouvernance ou la dynamique du groupe. Les communautés intentionnelles ne sont pas des sectes difficiles à quitter et coupées du monde. Ce sont plutôt des lieux d’expérimentation sociale qui nous permettent de développer une culture de collaboration pour faire face aux problèmes sociaux et environnementaux du 21ᵉ siècle.

Une définition de ChatGPT qui est pas pire :

« Une communauté intentionnelle est un groupe de personnes qui choisissent de vivre ensemble dans le but de poursuivre des objectifs communs, de partager des valeurs ou des croyances spécifiques, ou de créer un mode de vie alternatif basé sur des principes particuliers. Contrairement à une communauté traditionnelle où les gens peuvent être regroupés par des liens familiaux, géographiques ou culturels, une communauté intentionnelle est formée de manière délibérée par des individus qui partagent une vision ou une intention commune.

Les communautés intentionnelles peuvent varier considérablement dans leur structure, leurs valeurs et leurs objectifs. Certaines peuvent être axées sur des idéaux spirituels, écologiques, politiques ou économiques, tandis que d’autres peuvent être axées sur des modes de vie alternatifs tels que la vie en communauté, le partage des ressources ou la durabilité environnementale. Les membres d’une communauté intentionnelle s’engagent généralement à collaborer étroitement pour atteindre leurs objectifs communs et à vivre en harmonie les uns avec les autres, souvent en partageant des responsabilités et des ressources de manière équitable. »


Posted

in

,

by

Comments

Laisser un commentaire